‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 37 sur 135 · C. Poésie dramatique · texte numérisé non relu

C. Poésie dramatique

Deux volumes et demi contiennent sept pièces dramatiques, toutes puisées dans l'histoire ou dans les conditions de la vie nationale des Grecs et servant à l'illustrer. Les Trente^ Ducas^ la Vigile^ Phrosyne^ sont des tragédies, les noces de CoutrouUs^ le mariage d' Archontoula^ le retour de Jupiter^ des comédies. La Vigile et Phrosyne sont en vers rimes, toutes les autres pièces en trim êtres blancs.

Nous avons déjà dit^) que le trimètre si célèbre chez les dramaturges anciens, avait été conservé dans quelques chansons populaires. Il ne différait du vers antique qu'en ce qu'il remplaçait les spondées par des dihraques ^ et qu'il n'avait qu'une césure obligée au milieu du 4^ iambe. C'est l'auteur qui le premier observa ces chansons, et écrivit en trimètres un fragment inséré dans Phrosyne.

Depuis , il cultiva ce vers , et lui rendit sa double césure, au 3^ ou au 4^ pied. Ainsi remis en honneur,

1) Ibid.

74 ^^- P(trti€. — Livre IL — Poètes.

le trimètre remplaça assez généralement dans le drame le tétramètre ou alexandrin, que les poètes employaient exclusivement jusqu'alors. Ayant la terminaison indifféremment longue ou courte, accentuée ou non, il peut, ou plutôt il doit échapper à la rime, cet épouvantail des versificateurs médiocres, que Boileau lui-même, le maître suprême dans Tart de rimer, affecte de redouter. Voilà ce que Coraï^ qui n'était rien moins que poète, écrit à Cokkinaki, après avoir lu sa traduction du Tartuffe, au sujet de la rime pour la poésie grecque moderne^):

«La source première de gêne pour faire une traduction exacte, c'est la rime, cette rime barbare qui s'est attachée à nous comme la gale. Dans les langues barbares de l'Europe, la consonnance finale était presqu'une nécessité pour en adoucir la rudesse ; mais, pour la nôtre, qui, bien que devenue barbare, est encore bien supérieure à la leur, c'est la colère des Muses qui nous a envoyé la rime. — Mais elle est agréable à l'oreille, dit-on. — Eh! qu'est-ce que l'habitude ne rend pas agréable? Les Éthiopiens ont bien leurs Vénus, comme nous autres, gens à peau blanche. Ils ont aussi des poètes, et ils ne changeraient pas le dernier des leurs pour dix Homères.

«Quoi qu'il en soit, je vous prie, vous et tous vos confrères en poésie, s'il n'y a plus moyen (et je crains bien qu'il n'y en ait plus) de chasser la rime, je vous prie de garder au moins dans la langue l'autorité des vers non rimes, et de traduire quelquefois les comédies

1) Trad. du Mis de Queux de St. Hilaire, Annuaire des L. G. 1873, P- 351-

Page 1