‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 44 sur 135 · Chapitre III. — A. R. Rangabé · texte numérisé non relu

Chapitre III. — A. R. Rangabé

prend la chose au sérieux, réclame l'aide de son apprenti, et finit par croire ce qu'il désire. Il distribue déjà des grâces et des emplois, il se l'imagine au moins ; il fait des jaloux parmi les plus crédules, excite une opposition et des troubles, il est arrêté. En attendant la jeune fille a été prise dans ses propres filets. Elle a ajouté foi elle-même à l'avènement de Coutrouli, et s'est laissé allécher par l'ambition. Elle Ta épousé. Lorsqu'elle a été détrompée, c'était déjà trop tard.

Ce canevas est d'une simplicité extrême qu'on peut atti'ibuer à l'intention de mieux imiter le plan des comédies antiques. Nous traduisons une des Parahaaes^ ou tirades que le chœur déclame en anapsestes lorsqu'il reste seul sur la scène, pour ainsi dire dans les entractes. Nous choisissons ce morceau par ce qu'il a trait à notre sujet même, à la littérature moderne de la Grèce:

«Lorsque tous ceux-ci sortent pour célébrer des noces et pour se Hvrer à des réjouissances, je n'ai pas cru convenable de me comporter en chœur mal appris, et de tourner avec eux le dos au pubHc, laissant le rideau impertinent vous tomber devant le nez. Je reste donc pour vous dire quelques mots plaisants, et peut-être aussi quelques considérations sérieuses.

«Quand les Muses se taisaient, et que la nuit de la servitude s'étendait sur la Grèce, à chaque corde qui résonnait, à chaque cri qui s'élevait dans le bocage, les cœurs bondissaient de joie, et saluaient tout oiseau croassant comme un rossignol dorJ du Pinde. Ils accueillaient avec un égal enthousiasme Erophile, Erotocritos ou Méhras. Mais depuis que l'aurore de la liberté nous

go IL Partie. — Livre IL — Poètes.

sourit en dorant nos montagnes , vous vous êtes , à sa lumière, tournés vers le lucre, vous avez négligé la Muse austère. C'est en vain que ses fils légitimes, les Christopoulos, les Rizos, les Soutsos saluent de leurs accents mélodieux le nouveau jour qui avance ; c'est en vain qu'une volée de gais poètes arrive sur leurs pas pour annoncer le printemps qui renaît sur le Parnasse. Vous autres vous êtes sourds à leur voix, glacés à leur apparition ; vous n'adorez que la Muse des comptoires ; vous plumeriez de sang-froid le cygne de Castalie comme une oie de basse -cour, et de la plume arrachée à son aile pure vous barbouilleriez des contrats hideux de solécismes. Si un insecte, dérobé sous les feuilles sèches et sous l'opprobre de l'anonyme, crie en vomissant l'invective ou des inepties haïes des Muses, vous dressez l'oreille. Mais s'il se montre un poète inspiré, qui porte honneur et gloire à la Grèce, qui sous une enveloppe de fleurs déguise de sages conseils, et vous présente des paroles d'or tressées en vers dorés, vous le laissez s'égosiller comme le coucou dans le désert.

«Mais le sage poète ne demande point de quel côté penche la balance populaire. Il chante, non pour des applaudissements ou pour entendre retentir des hourras! éphémères ; il chante comme chante le rossignol, comme la brise qui souffle sur les fleurs, comme la lyre que touche l'archet doré, comme le cœur touché par l'inspiration. Son âme vole loin de vous, vers les hommes d'autres siècles, vers les nobles poètes qui dans les temps glorieux étaient soumis à de nobles juges, et obtenaient des éloges, des couronnes d'or et des honneurs enviés par des Rois Elle se reporte aussi avec amour vers les générations futures qui, non travaillées par l'envie, non dominées par des passions basses, déposeront sur

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