Chapitre m. — A. R. Ravgahé. C
la pierre inanimée du chantre la couronne de laurier et le tribut tardif mais juste d'une sincère appréciation.
«Néanmoins le poète qui nous fait paraître devant vous dit aussi ces mots pour sa justification : S'il a, ditil, rangé des trimètres et forgé des anapsestes, ce n'est pas le défaut ou la peur de la double désinence qui l'y ont forcé. Il peut comme tout autre poussin des Muses atteler des paires de syllabes, et s'entend aussi bien queux à entasser, à défaut d" idées, des terminaisons en ment et en té^). Mais il dit que dans les touffes des lauriers immortels qui bordent la fraîche fontaine de Castalie, il a trouvé la flûte brisée et muette de la poésie antique, jetée là avec colère depuis que de nouveaux Marsyas l'ont profanée. Il l'a recueillie, et cherche à lui donner un nouveau souffle, bien convaincu qu'un seul des doux sons de cette flûte sera bien plus agréable à l'ouie fine des neuf sœurs courroucées que toutes les cornemuses discordantes qui les assourdissent. »
Nous voulons aussi donner un échantillon du dialogue :
«Misthophas (entrant).
«Serait-il ici le très-noble seigneur Coutroulis?
«Coutroulis à Strovilis (son apprenti).
«Qu'est-ce que cet homme?
«Strovilis (à part à Coutroulis).
«Ne le reconnaissez-vous pas ? C'est Misthophas, autrefois officier sanitaire à Syra.
«Coutroulis.
«Oui, c'est bien cela; c'est moi qui lui ai taillé, il
1) ia et d^ei, en grec, des rimes faciles.
92 //. Partie. — Livre II. — Poètes.
y a trois ans, son premier pantalon de costume européen. Il payait bien.
«Misthophas.
«Seigneur Coutroulis, que je suis heureux de vous revoir !
<i Coutroulis.
«Oh, Monsieur!
« Misthophas.
«A peine ai-je su votre arrivée, que je me mis à votre recherche. Ce n'est qu'à présent . . .
«Coutroulis.
«Puis-je faire quelque chose pour vous. Monsieur?
« Misthophas.
«Il n'y a que vous qui le puissiez, et croyez-moi, je n'ai jamais recours à un autre.
« Coutroulis.
«Tout à votre service. Vous n'avez qua me donner vos ordres.
«Misthophas.
« Des ordres ? Oh ! Permettez-moi de vous adresser mon humble prière. Vous savez que notre gouvernement inique, injuste et despotique, ce gouvernement qui dévore le peuple, ng'a destitué, il y a un an. Et pour quelle raison? Parceque, libéral et humain, j'ai reçu en libre pratique un navire qu'on prétendait suspect, recevant aussi, a-t-on dit, dans ma poche quelques misérables écus. Eh quoi? Devais-je repousser méchamment les prières de pauvres malades, ou les preuves de leur reconnaissance? Et c'est pour cela qu'on m'a pris ma place et mon traitement, et que je mène une vie misé-