‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 46 sur 135 · Chapitre III. — .1. R. llangabé · texte numérisé non relu

Chapitre III. — .1. R. llangabé

rable et non rétribuée. Le monstre de la pauvreté m'a terrassé, me déchire à belles dents, et m'a déjà enlevé la fraîcheur de mon teint, mon heureux enbonpoint, les douceurs de mon double déjeuner et de mon souper, mon nectar mousseux de Champagne, et jusqu'à ce vieux comi)agnon (montrant sa redingote) qui m'abandonne, blessé en cet endroit et en celui-là.

« Ah ! je comprends. Vous voulez vous faire un nouveau vêtement. Je possède les dernières façons de Londres. Vous verrez comme je vous le ferai. Il n'aura pas un pli; il sera comme moulé sur vous.

«Misthophas.

« Hi hi ! Comme vous badinez agréablement ! Hi hi !

«Coutroulis.

«Mais pas du tout. Je suis le seul à recevoir tous les journaux de modes. Et qu'est-ce que cela vous coûte? Si les autres vous demandent trois aunes d'étoffe, je n'en veux que trois et demie, moi; s'ils se font payer cent drachmes, je ne vous en prendrai que cent-vingt. Mais aussi quel habit ne vous ferai-je pas! Quelle coupe irréprochable! Veuillez-bien me tourner votre dos, me tendre votre bras droit et votre jambe gauche pour que je prenne mesure.

«c Misthophas.

«Hi hi hi. Maintenant vous vous raillez de moi.

«Coutroulis.

«Mais non, mais non. Je disais . . .

»Strovilis (à part à Coutroulis).

«Mais, Monsieur, prenez garde. Le tailleur oublie le ministre.

Ç4 ^^' Portie. — Livre II. — Poètes.

cCoUtroulis (bas à Strovilis).

«Ah diable! Mais, vois-tu. le sang de tailleur ne se change pas aisément en ichor ministériel. (A Misthophas.) C'est bien, mon cher ^lonsieur Misthophas; trêve de plaisanteries. Sachez que toute ma faveur vous est acquise. Dites -moi quelle place vous voulez avoir, et je vous la donne, si elle est encore disponible.

« Misthophas.

«Mon vénéré protecteur et mon bienfaiteur, la Grèce a-t-elle jamais vu des jours plus glorieux que ceux de votre ministère: Grâce à vous, ce siècle sera l'âge d'or. Quant à moi. je louerai toujours votre nom à jamais célèbre, si les rênes d'une sous-préfecture . . .

« Coutroulis.

«Des sous-préfectures, je crois en avoir encore trois ou quatre. Vous pouvez choisir.

« Strovilis (à part).

s II n"y va pas de main morte, ma foi. Il serait un vrai Ministre qu'il ne mentirait pas d'avantage.

«Misthophas.

«Excellence, d'autres peuvent être plus capables que moi: nul ne sera plus reconnaissant.

« Coutroulis.

«Mon cher M. Misthophas. voulez-vous bien me dire: Possédez- vous toujours ce vin muscat, cet excellent vin de Chypre, vous savez?

« Mistophas.

«Je n'en ai plus, mais je sais où le trouver. J'allais justement vous prier d'en agréer deux petits tonneaux, que vous boirez à ma santé.

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