‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 6 sur 135 · Chapitre I. — F. Soutsos · texte numérisé non relu

Chapitre I. — F. Soutsos

de larmes, comme un soleil d'hiver plongé dans les

nuages. »

«LE VOYAGEUR

«Je suis comme les ombres noires des nuages, qui courent chassées par le souffle des vents.

«PAISIOS.

«Ton manteau de bure, ô anachorète, cache-t-il des passions mondaines, cache-t-il des remords cuisants? Je possède une ample provision de remèdes de l'âme. Dismoi, as -tu creusé la tombe de ton prochain? Le ver du péché te ronge-t-il le cœur?»

«LE VOYAGEUR

« Ce long chapelet aux cent grains suffit-il pour compter mes péchés?»

«PAISIOS.

«Que mon âme l'avait pressenti! Mon regard de vieillard voit loin. Le bâton d'expérience de ma froide vieillesse . . .

«LE VOYAGEUR

«Prends -le en main, vieillard aux sourcils neigeux, et porte ailleurs tes remèdes et tes conseils.»

«PAISIOS.

«Pardonne à ma hardiesse. Pense que depuis trois jours nous sommes ensemble, sans que ma main ait osé toucher à tes plaies. Ton sombre regard lance des rayons qui scintillent. Le sang qui coule dans tes veines n'est pas du sang ordinaire. Ou je me trompe, ou tu n'as pas été fait pour être moine. Ce sont tes passions que tu es venu renfermer dans le temple. Qui es-tu? quel est ton père? quel Dieu adores-tu?

«LE VOYAGEUR

«Qui je suis, quel est mon père, pourquoi t'en en-

1 2 //. Partie. Livre IL — Poètes.

quérir? Le passé s'est évanoui; ne le rappelle point. Je me suis trouvé un passager dans l'auberge du monde. Les hommes couvrent le chemin de la vie.

«PAISIOS.

«Ton visage a vieiUi, et cependant tu es jeune.

«LE VOYAGEUR

«Sont-ce les années seules, ô mon père, qui vieillissent les hommes? La douleur aussi plie les genoux et ébrèche les dents. (Après une pause.) Avant de tendre la nappe au banquet de la vie, j'ai pris une coupe dans la main; mais le destin me l'offrit empoisonnée. Je l'approchai de mes lèvres, et je meurs dans les douleurs.

«Les années fleuries de mon printemps sont passées; les flocons de la vieillesse sont tombés sur ma tête. Les espérances, les erreurs, les désirs de la jeunesse m'ont abandonné, mes passions se sont tues, mon corps s'est courbé; mais mon cœur montre encore dans ses feuilles brûlées les traces de l'amour, de même que le papier dévoré par les flammes conserve les caractères que la main y a imprimés.»

C'est sur ce ton que continue tout ce dialogue, et toute cette pièce. Elle n'est qu'une suite de variations du même thème, un centon de beaux fragments d'odes. Tous les personnages parlent un langage très -beau et très - poétique , mais qui manque d'à propos et de caractère.

Un autre ouvrage dramatique de P. Soutso, qui mérite également d'être relevé, est le Messie., ou la passion de notre Seigneur. On comprend les difficultés immenses d'un pareil sujet. Le poète avait à faire, non plus

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