‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 7 sur 135 · Chapitre I. — P. Soutsos · texte numérisé non relu

Chapitre I. — P. Soutsos

à la muse facile, qui se laisse souvent prendre aux fleurs dont ou la pare, mais à des puissances sévères, à l'esprit qui a terrassé Jacob, aux mystères de la divinité. A cette tâche une vie entière de méditations et de dévouement ne saurait suffir. Pour avoir chance de l'accomplir, il faudrait consumer son cœur de l'amour de Dieu, s'abîmer dans sa contemplation, il faudrait se faire martyr et prophète après David et après Klopstock.

L'œuvre de Soutso a des beautés incontestables; mais que sont -elles devant celles de l'œuvre de Dieu, devant la grandeur de l'évangile, qu'il ne fait souvent que transcrire? L'eût-il fait jusqu'au au bout, dans l'ensemble et dans les détails, il eût produit un drame inimitable. Ses vers, tout mélodieux qu'ils sont, font regretter la prose sublime du livre sacré.

Ce drame a cela de commun avec celui que nous avons analysé d'abord, que tout en ayant de magnifiques tirades, il pèche essentiellement par la construction et par l'économie. La scène s'ouvre sur Hérode et Pilate, qui se communiquent leurs inquiétudes au sujet des idées nouvelles qui commencent à se répandre en Judée. Survient J. C. qui harangue le peuple de fragments tirés de l'évangile. La scène est ensuite occupée par Livius, fils d'Hérode, qui raconte à Aurélie, fille de Pilate, ses voyages par toute l'Europe, et particulièrement à Rome et en Grèce, et adresse de longues apostrophes à ce dernier pays. Ce dialogue est interrompu par les Hé-

14 II. Partie. Livre II — Poètes.

breux, qui sortent du temple en chantant les louanges de Dieu.

Au commencement du second acte, Annas et Caïphe offrent les trente deniers à Judas, qui, après quelques courtes hésitations, finit par les accepter, et Caïphe avoue à Annas, que tout en haïssant la domination romaine, il veut aussi la perte de Jésus Christ, qui ameute le peuple contre les puissants et les riches. Les deux interlocuteurs sont ensuite remplacés par J. C. et ses disciples, aux quels le maître divin dévoile qu'il sera livré par Judas, après quoi il se retire à l'écart, et prie sur la montagne des Oliviers, où il montre peut-être un peu plus de répugnance pour la torture et la mort qu'il ne nous serait permis de lui en supposer. Survient Judas, qui le livre au grand-pontife. Alors le ciel s'ouvre^ on voit le Créateur attristé assis sur son trône., dont fartent des éclairs., des cris et des tonnerres. Un arc-en-ciel entoure le trône. Un chœur d'anges chante les louanges de Dieu.

Le troisième acte est le jugement de J. C. Satan, assis au milieu des démons, exhale sa fureur contre le créateur. Le tribunal des pontifes s'assemble, et les démons l'entourent sous une fornfie invisible^!). Caïphe débute par un éloge de l'ordre qu'il préside. Lorsqu'il entame l'accusation, on amène J. C, qui condescend à se défendre avec bien plus de paroles qu'il ne l'a fait d'après les évangélistes. Cependant, comme on sait, l'insistance inique du tribunal l'emporte sur les hésitations

Page 1