‹ Histoire littéraire de la Grèce moderne (volume 2)Chapitre 65 sur 135 · Chapitre VII. — Les Byzaniios. I · texte numérisé non relu

Chapitre VII. — Les Byzaniios. I

de lignes. Aux traits larges et vrais par lesquels l'antiquité est rendue, on reconnaît l'érudit qui a approfondi, et l'homme de génie qui devine: A la représentation des Nuées, Socrate, l'objet d'injustes attaques, se lève avec une simplicité pleine de dignité, pour satisfaire à la curiosité irrespectueuse de la foule. Quelques années se passent, et le peuple, inspiré par des préventions stupides, condamne le sage à boire la ciguë. Le remords entre alors dans le cœur d'Aristophane. Il se persuade que ses traits, imprudemment caustiques, ont dépassé le but, et ont été les premiers instruments de ce crime judiciaire.

C'est là tout le poème. On le voit, il n'est pas compliqué. Par sa simplicité même il rappelle les grandes œuvres de l'antiquité à laquelle il est puisé. Cependant il ne contient pas moins de 500 vers, courts, à rimes riches, correctes et belles, et on a tout lieu de regretter qu'il ne soit pas plus long. Plus d'un détail qu'il ne fait qu'effleurer aurait par un plus grand développement ajouté aux beautés du poème. La sobriété est aussi le caractère de son style. C'est une qualité que le poète outre jusqu'à en faire presqu'un défaut. Une statue de Praxitèle est belle dans sa nudité. Elle tire tous ses charmes de l'expression et des savantes proportions. Il en est de même du style de notre poète, limpide et vigoureux, en même temps qu'il est figuré, rendant souvent toute une image par un mot toujours heureusement choisi. Cependant quelques ornements de plus ne le

Rangabé, Littérature néo- hellénique- II. Q

30 //. Partie. — Livre II. — Pohtes.

dépareraient pas. On ne dira pas qu'une rose puisse nuire même à la chevelure de Vénus Anadyomène.

La donnée principale du poème, le repentir d'Aristophane, n'est pas attestée par l'histoire. Mais, si elle n'est pas prouvée, elle est probable, et en tout cas digne du génie et du cœur du noble poète, qui se vantait de ne s'être jamais attaqué qu'à des ennemis puissants, et d'avoir épargné Cléon une fois terrassé.

Voici comment le poème débute:

«La ville aimée de Minerve célèbre les fêtes Dionysiaques. Des spectateurs en grand nombre y sont accourus de toutes les parties de la Grèce.

«:Ce jour est tout entier aux spectacles. A la solennité terminée succède la solennité qui commence.

«Le grand théâtre gravit le flanc de l'Acropole. Le Parthénon le domine, et réjouit les regards par sa magnificence.

«Une lutte dramatique y attire la foule. Un trépied sera la récompense du chorège vainqueur.»

Promenant le regard sur les spectateurs, le poète en

désigne quelques-uns en ces termes:

«Tous les regards sont attirés par le jeune homme assis à cette place. Il est beau de figure, et son port est plein de charme.

«Sa tunique est dorée, et rehausse sa beauté. C'est toi, Alcibiade. Tu es encore au point culminant de ta gloire.

«Sa voix enchanteresse menait la foule, et par un sourire il exerçait sa tyrannie sur les Athéniens.

«Plus loin c'est Euripide qui attend le nouveau

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drame. Il a l'expression douce, et porte en même temps l'empreinte du gifnie.

«11 verra le front d'un autre ceint par le laurier du l)oète, sans (|ue le sien soit obscurci par les nuages de l'envie.

«Le pieux Nicias est assis plus loin d'un air attristé, car il croit la comédie un danger pour les mœurs.»

Après cette revue des spectateurs, le poète continue son récit ainsi qu'il suit:

«Le peuple est impatient. Par des cris et par du bruit il appelle le commencement du spectacle.

. «Le silence se rétablit Voici le rideau qui tombe. Bienheureux le chorège! Le drame a pour titre ^Les Nuées y).

«Salut, ô grand poète! Dès que tu es apparu sur la scène, un seul nom, ^ AHstophane^ ^ volait de bouche en bouche. ^

«L'harmonie de tes vers flatte toutes les âmes, et chacune de tes rudes saillies éveille un rire inextinguible.

«Mais d'où vient cette joie qui s'empare des spectateurs? Quel est, Aristophane, ce nom que tu livres au peuple?

«Est-ce que, ennemi implacable de la mollesse, tu fustiges les mœurs dissolues; ou bien t'élèves -tu contre les écrivains sans valeur, qui corrompent le peuple?

«Tu railles peut-être la sottise d'impudents démagogues, qui recouvrent leur joug avilissant sous les fleurs de la flatterie?

«Regarde, ô poète, là-bas Cléon qui tremble en s'attendant à recevoir un nouveau trait de toi, imprégné de poison.

«Mais non! Puissent à jamais les ténèbres de la

î'\2 IL Partie. — Livre H. — Poètes.

nuit recouvrir cette scène! Un grand poète insulte au premier des philosophes.

«Le peuple s'ennuyait; il lui fallait un amusement. Une grande gloire, Socrate, lui fut jetée en pâture.»

Et quelques stances plus bas:

«Ils ne demandent même pas à qui le drame s'attaque. Pourvu qu'elle se présente sous de beaux atours, l'injustice les charme.

«L'un des spectateurs surtout est plus amusé que les autres, et applaudit de cœur à toutes les beautés de la pièce.

«C'est un vieillard courbé. Ses yeux sont profonds, et sa figure semble illuminée des rayons qui en jaillissent.

«Il est couvert d'un manteau blanc sans vains ornements, et fixe la scène d'un œil serein.

«C'est Socrate. Ses disciples l'entourent avec respect, et assistent avec une juste douleur à cette grande injustice. »

Quelques années après cette représentation,;

«Une autre solennité réunissait de nouveau les Athéniens. »

C'était la condamnation à mort de Socrate, de celui qui

«Luttant avec la nature par la force de son génie, n'était pas encore un Dieu, mais n'était plus un homme.

«Proclamant des principes encore inconnus, peut-être entrevoyait -il déjà dans l'avenir un Dieu vainqueur de tous les Dieux.

«Peut-être le culte de Judée lui avait -il été révélé, et devinait-il Jésus tout en adorant Jupiter.

«Lorsque, jeune fille rougissante, l'aurore se montre tout d'abord, avant d'éclairer les parties basses de la

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