Chapitre Vil. — Les Dyzantios
terre, elle inonde de lumière les sommets des hautes montagnes.
«La populace légère parlait avec joie de sa mort, et toutes les bouches prononçaient une insulte ou une imprécation.
— «Il n'était pas l'ami des Dieux.» — «Il était le corrupteur des hommes.» — «Il nuisait au peuple par les faux sophismes qu'il enseignait.»
— «Ses paroles étaient des instigations à la tyrannie.» — «Théramène et Critias étaient ses disciples.»
Ainsi parlaient des désœuvrés, renchérissant sur les calomnies des accusateurs de Socrate. Mais Aristophane se tient à l'écart et se livre à d'amères pensées. Platon s'approche, et lui dit d'une voix émue:
«Il paraît que tu tresses de brillantes fleurs autour de mortelles épines. Tes comédies ont les dénouements tragiques. »
Aristophane désespéré demande si, en expirant, Socrate le maudissait. Platon répond:
«Ses dernières paroles témoignaient de la sérénité de son âme. Doux envers ses ennemis aussi bien qu'envers ses amis, il les bénissait tous également.
«Il avait au fond de l'esprit des pressentiments dune vie future. Sa mort n'était pas un couchant, elle était une aurore radieuse.
«Il semblait mettre le pied sur le seuil d'un autre monde, et il a fermé les yeux en chantant un chant du cygne.
«Impassible, la coupe à la main, il continuait ses enseignements, et son dernier soupir même contenait une pensée profonde.
134 ^^' Portie. — Livre II. — Poètes.
«Si tu avais assisté à sa mort, tu aurais uni tes pleurs aux pleurs de ses amis.
«Si tu avais entendu comme du fond de l'âme il pardonnait à ceux qui l'ont insulté, tu te maudirais toimême pour la rudesse de tes vers;
«Car ton cœur est bon, Aristophane, et tes larmes seules, coulant en abondance, en effaceront la tache.
«Mais je te quitte. J'ai un devoir sacré à remplir. J'ai à sauver sa parole immortelle des vicissitudes de l'avenir.
«Je les recueillerai, ô poète, d'une plume respectueuse, et mon nom traversera les siècles avec le sien.
«De même que le sculpteur inscrit un nom mortel sur la statue d'un Dieu, j'écrirai aussi d'une main tremblante sur ses œuvres divines le nom de Platon.»
«La voix de l'ami chéri de Socrate fut étouffée par des sanglots. De peur d'éclater en larmes, il alla se mêler dans le peuple.»
Dans une des nuits suivantes, la lune en déchirant le rideau des nuages, a éclairé un homme qui suspendait une couronne à une stèle mortuaire. C'était Aristophane qui couronnait le tombeau de Socrate.
Les frères aînés d'Alexandre Byzanïios, Démétrius et Anastase étaient aussi nés poètes. Celui-ci, après quelques essais qui dévoilaient en lui les qualités et d'imagination et de sentiment nécessaires pour parcourir la carrière des Muses, se voua à la politique, et précéda son frère à la rédaction de VHéméra. Quant à Démétrius, c'est la mort qui l'enleva au milieu de ses études sérieuses, et qui fit taire les premiers accents de sa lyre. Le petit nombre de ses poésies publiées faisaient augu-