Chapitre I. — P. Soutsos. I
de Pilate, et J. C. est condamné, tandis que Barabas est absous.
Cette scène, d'un intérêt si hautement dramatique en elle-même, se borne à quelques harangues de J. C, empruntées à d'autres parties du livre saint. Livius accourt pour reprocher aux Hébreux de traiter J. C. comme les Athéniens avaient traité Socrate, et de condamner celui qui enseigne l'immortalité de l'âme. Son discours ne couvertit que Judas, qui en quatre vers résout d'aller se pendre.
Le quatrième acte est celui de la passion même. On voit le Golgotha. Aurélie raconte à Livius un rêve oii J. C. lui est apparu dans toute sa gloire. Elle parle encore, lorsque le ciel s'obscurcit, la terre tremble et se fend, on entend J. C. gémir sur la croix, crier et pardonner, et Aurélie est saisie d'une sainte fureur. Judas, après avoir exhalé son repentir, sort pour aller au gibet. Les anges et les démons chantent autour de la croix; les apôtres racontent les circonstances de la passion, et l'on voit enfin le peuple qui porte J. C. au tombeau.
Le cinquième acte nous représente Pilate en proie au remords et au délire, lorsqu'on vient lui annoncer que notre Seigneur est ressuscité. Pilate s'enfuit hors de lui-même, et à sa place vient Aurélie, qui fait part à Livius, son amant, de la décision qu'elle a prise de se retirer au désert et de se consacrer au service du Seigneur. Elle le persuade de l'aider dans l'accomplissement de son vœu sacré, en la fuyant lui-même. La
1 6 //. Partie. Livre II. — Poètes.
dernière scène est occupée par les apôtres, qui s'entretiennent de J. C. et de sa résurrection, lorsqu'il leur apparaît lui-même, les bénit, les envoie instruire la terre, et s'élève aux cieux au milieu des hymnes des anges.
On le voit, dans cette pièce, de même, point de plan, excepté le plan général et sublime qui appartient à l'évangile. Hors de là, nulle situation amenée avec art, nul développement de caractère, sans parler de la mise en scène, qui dénote une ignorance complète des vraisemblances et même des possibilités théâtrales. On ne peut lui contester des mérites; mais ils sont dans les détails, et point dans l'ensemble de l'œuvre poétique. La versification y est presque toujours irréprochable et mélodieuse. Quelques harangues, — car de dialogue il peut à peine être question dans les drames de ce poète, — et les chœurs des anges et des démons, ont de sublimes beautés lyriques, dont cependant une partie revient de droit à David. Il est peut-être aussi à regretter qu'une trop grande recherche du style chargé d'images donne dans ce drame une teinte trop matérialiste aux pures conceptions chrétiennes.
Voici comment Livius plaide en faveur de J. Christ
déjà condamné.
«La crainte, l'espérance, le mensonge et l'intérêt, une foule d'autres passions plus ignobles, ont imposé à la terre des dieux monstrueux ou ridicules. L'inepte Indou adore des étoiles et des soleils(?); le peuple romain, le ci -devant peuple Roi, l'ennemi des rois, divinise aujourd'hui les Césars; l'Egypte se prosterne devant l'Apis