Chapitre VJJI. — Tantalidés
c'est le cri d'une douleur vraie et intime, mais en même temps contenue et résignée.
«Dernier hymne au mois de mai.
«Tu reviens, ô mois de mai, secouer de nouveau le sac de tes riches présents, et réclamer le tribut des chants annuels qui te sont dus.
«Pauvre failli des Muses, je suis depuis trois ans en retard avec toi. Veuille accueillir cette fois les accents de ma lyre, quelque faibles et imparfaits qu'ils soient.
«Que tout est changé sous le bras de fer du temps! Comment étais-je quand je te saluais autrefois, et comment me retrouves-tu et me laisses-tu aujourd'hui!
«J'étais debout, ô mois de mai, le premier de tes amis, pour savourer avant le jour la pure rosée de tes feuilles.
«Avant que la voix du rossignol ne te saluât, avant que le premier rayon ne fît frissonner tes feuilles, je me faisais un devoir d'éveiller les échos par un chant nouveau.
«Volant de buisson en buisson comme le papillon joyeux, je cueillais tes roses encore en boutons.
«Les ciseaux d'un destin fatal m'ont coupé les ailes jusquà la racine. La mort que j'invoque m'est refusée, et la vie m'est laissée comme un surcroît de peines.
«La fête de l'existence est finie pour moi; les étendues auxquelles j'aspirais ont disparu à jamais.
« Tu n'es plus le beau mois de mai ; un voile noir te recouvre; tu me refuses les clartés de ton soleil; tu ne souris plus comme autrefois
«Et en moi que vois-tu? Non plus l'ancien amant des fleurs; tu vois un cadavre, dont chaque souffle est un soupir.
1 50 //. Partie. — Livre IL — Poètes.
c Soudainement vieilli, morose et le front ridé, je heurte chacun de mes pas contre un sol que je n'aperçois point. Appuyé sur un bâton qui m'échappe, oii vais-je, si ce n'est à la tombe ?
«Reçois, ô mois de mai, ce dernier adieu de divorce éternel. Je te l'adresse, les yeux remplis de larmes, le cœur gonflé de soupirs.
«Tu passes devant nous. Nous mourons chacun à notre tour, et quand nous ne sommes plus, tu reviens toujours jeune et fleuri.
«Jamais des chœurs joyeux ne cesseront de chanter tes louanges. Des jeunes gens pleins de sève te saluent et applaudissent à ton approche, tandis que nous 'versons des pleurs.
« Recueillez mes larmes , ô mes amis , et arrosez en les fleurs des jardins, en me pardonnant si mes lèvres au lieu d'un hymne n'ont articulé que des plaintes.»
Les quelques mots suivants nous feront voir comment le poète byzantin parle de sa ville natale. C'est un fragment extrait d'un plus long poème:
.... «Mes cheveux se dressent sur ma tête quand je te regarde, vieil et vénérable temple de la Sagesse de Dieu. Tu fus élevé comme la huitième merveille du monde; mais éborgné, comme Samson, tu portes aujourd'hui les fers des païens, et tu arraches au nouvel Israël des soupirs et des larmes. Dans ton enceinte, pleins d'une foi robuste, se sont prosternés devant Sabaoth ceux qui ont triomphé du Nord et de l'Orient. Les pères de l'église, inspirés par l'esprit de Dieu, s'y sont aussi assemblés, et y ont de même élevé leurs trophées, en prononçant l'anathème contre les mécréants.
«Tu étais un temple de gloire. Un destin envieux