Chapitre VTII. — Tantalidés. 15I
a soufflé sous tes voûtes l'esi)rit de discorde. Quiconque feuillette ces tristes chroniques voit avec terreur le dé mon de controverse se dresser devant lui. C'est lui qui t'a aveuglé, ô vieux temple. Ce fut ce ver rongeur qui a couché, brisé sur la route, le chêne robuste, respecté par dix siècles. Le conquérant superbe survint alors en brandissant son sabre; à ta porte il descendit de sa cavale hennissante; et depuis ce moment, feuilles détachées de tes branches flétries, nous aussi nous sommes entraînés par le torrent vers l'abîme sombre.
«A quelque distance, désert et nu, et n'ayant sauvé de son antique splendeur que trois restes informes, s'étend l'hippodrome. On n'y voit plus trace de la vie qui l'avait animé. N'a-t-il pas autrefois embrassé ce que la grande ville contenait de plus beau et de plus merveilleux.'* Ne faisait-il pas la gloire des grands Empereurs }
«O géant de l'antiquité! C'est à toi, l'Egyptien, que je m'adresse. Je contemple ton sommet solitaire, et tu me fais pitié. Taillé jadis aux bords du Nil des rochers de Libye, tu as vu cent règnes de Pharaons défiler à tes pieds, et du midi émigrant au nord, tu es venu ajouter aux honneurs de Byzance.
«Les adorateurs d'Osiris et d'Isis, ayant étudié les étoiles au milieu de la nuit morale qui les entourait, ont gravé sur tes flancs des lettres mystérieuses, dont nulle tradition n'a conservé le son. Aujourd'hui, après la grande destruction, lorsque ta tête perce les ruines pour s'élever vers le ciel, et qu'étranger au milieu des étrangers qui t'entourent, tu n'obtiens qu'un regard de pitié du passant, dis, expHque-nous ce qu'elles signifient. Quel est le décret des cieux sur toi-même et sur l'ave-
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nir? Quel est le sens de ce hibou? que veut dire cet
enfant? »
Nous ajouterons un exemple encore de la poésie légère et enjouée de Tantalidés, car c'est le genre où surtout il excelle, faisant de la satire aussi vive et aussi spirituelle, mais beaucoup moins agressive et personnelle que celle d'Alexandre Soutso.
«Le poète.
« Voyez- vous cet homme aux yeux creux, aux sourcils élevés, aux rides froncées sur le front? Silence! C'est un poète. Il va tout fustiger de son fouet cuisant. C'est le janissaire de la poésie; il met flamberge au vent. C'est un grand satirique!^)
«Un satirique! ... Il brandit sa plume comme si c'était la foudre de Jupiter. Il a trempé ses flèches dans les poisons bouillants de sa colère. Un double carquois résonne sur son dos. Il est Apollon à la face sombre comme la nuit. Il tend son arc. C'en est fait du monde, le diable l'emportera à son premier coup î . . . Mais
«Voilà le flux de ses vers qui s'arrête... Attendez; écoutez le satirique. Il se fâche, il est vexé, il trempe et retrempe sa plume; il compte les mesures sur ses vingt doigts; il change de cahier, s'essuie le front, et repousse au loin son encrier.
«De ses mots effacés il dessine des fleurs. Les rimes ne s'accordent pas; il les poursuit dans le dictionnaire. Il siffle, il souffle, il se gratte ; le mot lui paraît insipide.
1) Il y dans Toriginal un jeu de mots impossible à rendre. Satiri veut dire en grec un couperet. C'est pour s'en être armé que le héros du poème serait un satirique.