‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 10 sur 159 · Chapitre I. — Chanta Clephtiques. I I · texte numérisé non relu

Chapitre I. — Chanta Clephtiques. I I

oiseaux? Dis -moi, où est ta belle chevelure, ta barbe épaisse ?

— «J'ai eu une grande maladie qui me mit en danger de mort. C'est alors que j'ai perdu mes cheveux blonds et ma barbe épaisse.»

«Ils trouvent leur maison fermée et verrouillée. L'araignée filait à toutes lés fenêtres.»

— «Ouvre, ô ma mère, ouvre-moi. Voici ton Arété.»

— «Si tu es Charon, passe ton chemin. Je n'ai pas d'autres enfants à te donner. Ma pauvre Arété est loin d'ici, elle est sur la terre étrangère.»

— «Ouvre, ouvre, ma mère. Je suis ton Constantin. Je t'avais donné Dieu pour garant et les saints pour témoins que, s'il arrivait joie ou douleur, je te la ramènerais. »

«Jusqu'à ce qu'elle pût aller à la porte, son âme s'est envolée. »

Enfin plusieurs de ses improvisations serviraient à prouver que le sentiment dramatique ne s'était pas tout à fait éteint chez la race qui la première a donné naissance au drame. En voici un exemple, sur cent que nous pourrions citer:

«La belle Eugénoula s'était mariée toute jeune. Elle se vanta dans une heure néfaste que la mort ne pouvait l'atteindre, car elle avait neuf frères, un beau pallicare pour époux, et de riches maisons avec des cours et des jardins. Un méchant oiseau l'entendit, et alla le dire à Charon. Celui-ci de sa flèche frappa au sein la jeune

I 2 Livre I. — Après la conquête, 1453.

femme, et la jeune femme pâlit. Il frappe encore, il frappe une troisième fois, et la jette sur le lit d'agonie.

— «Ma mère, je te dis adieu. Mets-moi mes habits de noce. Si mon Constantin vient, ne l'afflige point. Dresse-lui la table et donne-lui à souper. Prends aussi la clef dans ma poche, et rends-lui Vanneau de mes tristes fiançailles. Qu'il choisisse une autre fiancée, qu'il entre en de nouvelles alliances.»

«Constantin venait à cheval à travers la plaine, accompagné de cinq-cents primats et de mille pallicares.

II voit la croix devant la porte, des prêtres dans la cour; il voit les flambeaux et le cercueil paré.»

— «Un de mes parents est mort, et on le porte en terre. »

«Il presse son cheval et entre dans la cour.»

— «Salut à vous, hommes du peuple, et à vous, prêtres vêtus de la soutane. Salut à toi aussi, fossoyer. Quel est ce cercueil?»

«C'est le cercueil de la belle Eugénoula, qui s'est mariée toute jeune, et qui se vantait que la mort ne pût l'atteindre. »

— «Fossoyeur, creuse une fosse pour deux cercueils, une fosse large et profonde, qui puisse nous contenir tous les deux.»

«Il tira son poignard et se l'enfonça dans le cœur. Et lorsqu'on les descendait dans la tombe, tous pleuraient, les parents et les étrangers ; les prêtres aussi pleuraient. »

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