Chapitre I. — Chanta Clephtiques
«Un roseau a poussé sur l'un, et sur l'autre un cyprès; et lorsque le vent du nord souffle dans les branches, le roseau et le cyprès se penchent l'un sur l'autre, et s'embrassent. Ces chers enfants, dont l'existence fut si courte, n'eurent pas le temps de s'embrasser dans la vie, ils s'embrassent dans la morti»
Ce peu d'exemples suffira pour prouver que la poésie, qui fut le plus bel attribut du génie hellénique, ne s'est jamais complètement éteinte dans le pays qui autrefois lui dut sa gloire. Mais elle s'est affaiblie en même temps que l'activité nationale, et dans une proportion égale. Lorsque sa sève eut perdu la force de s'épanouir dans les magnifiques et luxuriants produits d'autrefois, elle se retira dans ces germes qui, fécondés un jour par les rayons de la liberté, pourraient encore couvrir le Parnasse de nouvelles fleurs.
La langue de ces poésies, produits spontanés de la Muse, est l'idiome populaire, parlé ou au moins compris par toute la Grèce, avec certaines variations dialectiques plus ou moins sensibles selon les différentes localités. C'est le grec des couches inférieures de la société, avec les modifications que les siècles y apportent en se le transmettant. Pauvre, comme toute langue qui n'est pas cultivée par la littérature, il se ressent de la négligence des classes ignorantes qui en font usage ; il ne repousse pas toujours les mots étrangers ni les tournures des langues avec lesquelles il s'est trouvé en un contact prolongé. Mais, à part ces défauts, qui sont inhérens à
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tout langage populaire, c'est bien la langue hellénique par le vocabulaire comme par la grammaire. Peut-être même ne serait-il pas hardi d'avancer, qu'abstraction faite des altérations qu'un long laps de temps devait amener avec lui, c'est à peu près la langue que les classes populaires parlaient dans l'antiquité, ou du moins en est-ce un dérivé direct. Cette langue n'a pas été conservée par les auteurs classiques ; mais souvent des mots et des types grammaticaux qui appartenaient à l'époque la plus reculée, et qui avaient disparu au temps oii la littérature fut cultivée, se retrouvent aujourd'hui dans la bouche du peuple. Dédaignés par les écrivains, c'est le peuple: qui les a conservés.
Quant au vers de ces poésies, c'est surtout l'Alexandrin non rimé, le tétramètre iambique des anciens, que la comédie préférait et qu'elle rendit populaire. Le tétramètre trochaïque, non moins fréquent dans le drame antique, a également passé dans la poésie du peuple. Enfin on y rencontre, entre autres rhythmes, quelquefois aussi le trimètre iambique, le vers illustre du dialogue dramatique chez les anciens poètes.
Chapitré IL — Poètes Cretois. 1 5
CHAPTIRE II.