Chapitre I. — Chants Clejthtiquea
— «Tu es prudent, Constantin, mais ce que tu dis là n'est pas sage. Et si, mon fils, il nous arrive maladie ou mort, s'il nous arrive joie ou douleur, qui me l'amènera ? >
« Il lui donne Dieu pour garant et les saints pour témoins, que s'il arrive mort ou maladie, s'il arrive joie ou douleur, c'est lui qui ira pour la ramener. »
«Et il arriva une année de malheur, un mois fatal. La peste sévit et elle emporta les neuf fils. La mère resta seule comme un roseau au milieu du désert. Devant huit tombeaux elle se frappe la poitrine; du tombeau de Constantin elle fait enlever la pierre.»
— «Lève toi. ô mon Constantin. Je veux avoir mon Arété. Tu m'as donné Dieu pour garant et les saints pour témoins, que s'il arrivait joie ou douleur tu irais pour me la ramener.»
«Cette évocation le tira du tombeau. Il se fait du nuage un cheval, de l'étoile une bride, il se met en compagnie de la lune et va pour ramener sa soeur. Il traverse des montagnes, des montagnes encore, et il la trouve qui se peignait au clair de la lune. Il la salue de loin et lui dit:
— «Viens avec moi, ma soeur; notre mère t'appelle auprès d'elle.»
— « Ouais, mon frère, à quelle heure indue tu m'appelles! Si c'est la joie qui m'attend, dis-le moi pour que je mette mes habits brochés d'or; si tu viens pour un événement triste, que je reste comme je suis.«
lO Livre I. — Après la conquête^ 1453.
— «Viens avec moi, mon Arété, et reste comme tu es.»
cEn route, comme ils allaient, ils entendent de petits oiseaux chanter et dire : « Qui a jamais vu une jolie fille traînée par un mort?»
— «Tu entends, mon cher Constantin, ce que disent les petits oiseaux ? Qui a jamais vu une jolie fille traînée par un mort?»
— «Ce sont des oiseaux insensés. Laisse-les chanter et dire.
«Ils continuèrent leur route, et d'autres oiseaux disaient encore: «Que voyons nous! Quel triste spectacle! Des vivants qui voyagent avec des morts!»
— «As-tu entendu, mon Constantin, ce que disent les oiseaux, que des vivants voyagent avec des morts?»
— « Ce sont des oiseaux ; il n'ont qu'à chanter et à dire.»
— «Je te crains, ô mon frère ; tu as l'odeur de l'encens. »
— «Hier soir nous sommes allés à la chapelle de St. Jean, et le prêtre a mis beaucoup d'encens dans son encensoir.»
«Ils allèrent plus loin, et d'autres oiseaux disaient: «Dieu tout- puissant, c'est un grand miracle que tu fais! Un mort tire après lui une jeune fille si pleine de beauté et de grâce?»
,- » Arété l'entendit, et son cœur se brisa. » Tu as entendu, mon Constantin, ce que disent les petits