‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 13 sur 159 · Chapitre IL — Poètes Cretois. I · texte numérisé non relu

Chapitre IL — Poètes Cretois. I

écrit au temps de la domination vénitienne en Candie. Le poète, Vicejice Cornaro, colon de Venise, était sans doute un descendant de la famille ducale de ce nom, à laquelle appartenait aussi le capitaine général Jacques Cornaro, celui qui en 1690 prit Malvoisie en Morée, Canina et Avlona en Dalmatie. Un autre poète est aussi issu de la même maison : le Tasse. *)

Cette épopée, écrite en alexandrins rimes, ne se distingue ni par l'invention , ni par l'intrigue. Elle n'est même pas exempte de répétitions et de longueurs fatigantes ; mais souvent, à travers les lieux communs , on rencontre plus d'un trait d'imagination, et plus d'une beauté digne de meilleurs temps et d'un meilleur sujet. Plus que toute autre création littéraire ce poème rappelle les événements et les lieux dont il s'est inspiré.

Le poète prétend chanter un épisode des beaux jours de la Grèce; mais il a affublé l'antiquité hellénique, sur laquelle il paraît très - imparfaitement informé, d'un travestissement féodal; ou plutôt, l'antiquité pour le docte poète ne remonte pas audelà des temps francs. C'est en effet le tableau de l'époque franque qu'il retrace, en puisant dans la littérature alors en vogue et dans les vagues réminiscences d'un passé de récente date.

Le sujet est le roman d'amour d'Arété, fille d'Hercule, Roi d'Athènes, et d'Erotocritos, le fils de son ministre. Le cavalier donne des sérénades sous le balcon

I) Manso, Vita di Tasso, Cap. II.

Rangabé, Littérature néo- hellénique.

1 8 Livre I. — Après la conquête^ 1453.

de sa belle ; il a des démêlés avec la patrouille, distribue des coups d'estoc et prend la fuite. A un brillant tournoi donné par le roi , oii tous les rois et princes de la Grèce, reconnaissables aux devises de leurs écussons, viennent rompre la lance, Erotocritos est couronné de la main de la princesse, et ose demander cette main. Le roi Hercule punit cette témérité par l'exil, et enferme sa fille dans un donjon. Après une marche de plusieurs jours, Erotocritos, parti d'Athènes, arrive enfin à Negrepont, le cœur gros de regrets, d'amour et de désespoir. Plusieurs années se passent, après lesquelles le roi de Valachie déclare la guen-e à son voisin d'Athènes, au sujet ô!une ville disputée entre les deux Etats. Erotocritos , rendu méconnaissable par la vertu d'un filtre qu'il emprunte à une magicienne, accourt, provoque en duel, et tue le formidable ennemi. Le roi, reconnaissant, lui offre la main de sa fille; mais Arété, fidèle à son amant, refuse celui qu'elle prend pour un autre. Erotocritos, après avoir joui de la douleur de la jeune fille, en lui faisant un conte sur sa propre mort, reprend enfin ses traits par la vertu d'un filtre contraire. On se reconnaît, on se pardonne, on s'épouse.

C'est, on le voit, un roman de chevalerie, qui n'est ni fort classique ni particulièrement correct ; mais il dépeint mieux que toute histoire les vicissitudes par lesquelles la Grèce a passé. Il la représente divisée en petites principautés, se modelant sur les idées et sur les mœurs de ses conquérants, ignorante, et surtout ou-

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