‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 147 sur 159 · JUSTICE · texte numérisé non relu

JUSTICE

Ce qui avait armé les Grecs contre l'oppression ottomane, ce n'était pas le sentiment de sauvage indépendance que tout homme, même le moins civilisé, porte en soi; c'était la soif d'une liberté éclairée, où la loi règle les droits et les devoirs. Les premiers pas de leur littérature renaissante en donnent une preuve certaine, car c'est surtout dans les sciences politiques et celles du droit qu'elle a été le plus productive en livres originaux. Ils étaient avides de justice, cette manne nourricière des peuples civilisés, dont ils avaient été si long-temps sevrés.

Dès le premier jour de son émancipation la Grèce adopta provisoirement pour ses tribunaux la législation byzantine, d'après le manuel ^ Harménopoulos ^ publié par les soins du ministère de la justice avec des renvois aux lois romaines, traduit aussi en grec vulgaire par le savant avocat et Ministre C. Clonarés, et complété par

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plusieurs dispositions du Code Napoléon^ qui fut aussi traduit à cet effet.

Constantin Schinas, que nous avons déjà cité parmi les plus éminents historiens de la Grèce actuelle, ayant été le premier titulaire du ministère de la justice sous le Roi Othon, fit une traduction complète des procédures et du code pénal de Bavière, que par de sages modifications, suggérées surtout par le célèbre légiste et membre de la Régence L. Maurer, il adapta aux besoins du pays. Ces traductions, si importantes pour l'organisation judiciaire de la Grèce, sont en même temps une œuvre éminemment littéraire. Profond connaisseur de l'antiquité classique, C. Schinas a cherché dans les auteurs des grands jours d'Athènes, et surtout dans les orateurs, les termes qui correspondent aux expressions techniques du droit actuel, et en a enrichi le langage moderne. L'avocat, le juge, le plaideur, qui s'adressent aujourd'hui aux Ephètes ou à l'Aréopage du royaume hellénique, ne s'expriment pas autrement que n'auraient fait Bdélycléon d'Aristophane, ou les clients de Lysias et de Démosthènes.

Aussi, dès que les îles ioniennes eurent obtenu de l'Angleterre de substituer dans leurs tribunaux le grec à l'italien, Hedroménos , un avocat érudit de Zante, composa-t-il un dictionnaire de la terminologie judicaire déjà familière en Grèce, que ses concitoyens se sont aussi empressés d'adopter.

Les lois antiques, auxquelles les législateurs modernes

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