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Chapitre IL — Pohne Cretois

Tous les autres poèmes de cette époque n'ont tout au plus qu'une valeur historique. La philologie elle-même ne saurait en faire son profit. On ne i)eut mesurer sur les défauts de leur style le degré de décadence auquel la langue est alors arrivée, car rien ne dit qu'ils aient été généralement lus et approuvés par leurs contemporains, et ses défauts semblent être plutôt du fait de la négligence ou de l'ignorance de leurs auteurs. Plusieurs même de ceux-ci n'étaient probablement que des étrangers, connaissant la langue par leur seul contact avec les classes illettrées. Tel paraît avoir été le cas pour l'auteur de la Chronique de la Morée^ poème qui semble avoir été originairement écrit en Français, à l'époque de la conquête de la Grèce par les Croisés. Comme document historique ce poème est d'un grand intérêt.

Le moine Acacius Diarcoussi de Céphalonie a composé (1667) un poème sur les luttes héroïques de Crète, dignes d'un meilleur chantre.

Il y avait bien encore des érudits qui cultivaient les Muses avec succès ; mais ils écrivaient en un grec trop ancien et trop classique pour que leurs œuvres pussent compter parmi les produits de la littérature nationale de leur époque. L'Anthologie ne désavouerait pas les Epigrammes de Mich. Apqstolis et de J. Lascaris, de Constantinople (1530), de J. Grégoropoulos , G. Mélissinos (1500) et M. MusuRUS (15 17), tous trois de Crète, du Corfiote Math. Dévaris (1546), de J. Cotunius de Bérée (1639). Le Cretois Maroulos (1493) excellait,

24 Livre I. — Apres la Conquête, 1453.

de même qu'Antoine Coray, qui a adressé un joli poème au Chancelier d'Aguesseau (1670), et Rodocanaki (1680), à imiter dans des odes le rhythme et la langue de Pindare, et Maxime Margounius, évêque de Cythère (1584) écrivait de gracieuses chansons anacréontiques. Léon Allatius (1460) fit des élégies. Antoine Epar- CHOS de Corfou (1545) essaya de chanter en un langage pur la chute de sa patrie; mais s'il était bon grammairien, il n'était que très-médiocre poète. Il en faut dire autant de Dé m. Moschos, qui vers 1500 chantait en hexamètres l'enlèvement d'Hélène.

A part ce peu d'exceptions, toutes les autres productions poétiques de ces temps sont puériles et sans nulle importance. On a peu gagné à les retirer de la poussière des biblothèques, où elles étaient ensevelies dans un oubH mérité. Sur les exceptions elles-mêmes nous ne nous sommes un peu étendu que comme on s'arrête avec complaisance devant la fleur solitaire du désert, quelque infime qu'elle soit. Ces oeuvres imparfaites d'une littérature peu connue sont le chant du cygne de la Grèce expirante, le dernier rayon dont son soleil couchant dore les cimes avant de disparaître. Bientôt tout se tait, et la mort semble s'être emparée de sa proie.

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