LES PROSATEURS, AU 11^ SIECLE
Cette activité littéraire, qui a survécu à l'existence politique du peuple grec, donne la preuve et la mesure de la vitalité de son intelligence. On pourrait la comparer à ces derniers reflets qui égayent quelquefois encore le couchant après que le soleil a quitté l'horizon. Les hommes qui avaient assisté à la grande agonie de leur patrie n'avaient pas tous succombé avec elle. Revenus de leur saisissement, familiarisés avec leur propre douleur, qu'ils aient déserté vers des pays plus heureux, ou qu'ils soient l'estés pour pleurer sur les ruines du leur, après que la rage de la barbarie triomphante se fut assouvie, plusieurs reprirent leurs travaux favoris, et c'est à eux que nous devons ces accents suprêmes d'une littérature expirante.
36 Livre I. — Après la conquête^ 1453.
Il y en eut qui, au milieu de la grande d isolation, ne désespérèrent pas de l'avenir de la Grèce, et, pleins de ce courage qui se retrempe dans l'adversité, s'appliquèrent à lui frayer sur les ruines du passé la voie qui devait l'y mener. Ils ont prouvé que le conquérant n'avait pas complété son oeuvre lorsqu'il épargnait des hommes capables encore d'éclairer le peuple et de lui rappeler son ancienne gloire.
Le premier soin de Gennadius, aussitôt monté sur le trône patriarcal de Constantinople , fut d'y instituer une école, dont il confia la direction à son propre maître, Mathieu Camariotis, en lui donnant le titre de Grande école nationale {xoù yévooç). Tolérée, ou plutôt ignorée par les Turcs, elle continua de prospérer sous la direction successive de Jean Zygomalas et de son fils Théodose, au point que vers la fin du XVIP siècle l'historien Cantémir la désigne comme une Académie hellénique.
Ailleurs aussi de grands dignitaires des l'église réussirent à préserver les écoles existantes d'une destruction complète, ou même, quelquefois, à en fonder de nouvelles.
Ces institutions conservèrent les anciennes traditions de l'enseignement solide, et produisirent des hommes distingués qui, comme membres du clergé séculier du patriarcat, pouvaient rendre à l'église autant de services importants qu'ils en avaient eux-mêmes reçus.
Le dépôt de la langue, que l'ignorance et le contact des nations barbares corrompaient dans presque toutes les autres parties de la Grèce, était conservé avec soin