Chapitre IV. — Les j)'>'osateurs^ au 17. siècle
dans la grande école de Constantinople, dans la chancellerie patiiarcale, et dans la société qui entourait ces deux centres de culture nationale.
C'est ainsi que le grand fleuve de la littérature hellénique, bien que réduit à un filet presque imperceptible, ne tarit pas complètement, et continua à couler ignoré jusqu'au jour où des circonstances plus propices permirent d'espérer de le voir rentrer dans son ancien lit. Cent cinquante ans après la conquête, Constantinople renfermait de nouveau un grand nombre de Grecs renommés pour leur érudition. Le Prince Cantémir, qui fut le contemporain de plusieurs d'entre eux, et qui n'est pas un témoin suspect, en cite les principaux dans le passage suivant de son histoire:
«Je consacrerai dans cet écrit la mémoire des personnages distingués par leur piété et par leur savoir, qui y fleurirent de mon temps. Il y avait entre autres Jean Cariophylle, consommé dans la théologie comme dans la philosophie, qui s'est fait un grand nom par ses prédications dans l'église cathédrale; Balaise Scevophy- ^AX, Antoine et Spandon enseignaient la philosophie des Péripatéticiens ; Jacomus était un excellent grammairien. C'est lui que j'ai eu pour maître, et j'ai appris de lui les éléments de philosophie durant mon séjour à Constantinople. Sebaste est devenu fort célèbre par son Calendrier ecclésiastique, mais encore plus par ses écrits sur la controverse de son église avec la latine. Il y avait Denys, qui était moine, et Alexandre Ma\tiocor-
2fS Livide I. — Après la conquête^ 1453.
DATO, généralement estimés pour leurs rares connaissances. Ils professaient la philosophie, la théologie, la médecine. Le dernier a été nommé interprète de la Cour Ottomane. Il a laissé un nombre prodigieux de traités et de lettres, que son fils, Nicolas Mavrocordato, homme fort versé dans la littérature orientale et occidentale, vient de mettre au jour en Moldavie. On estime surtout entre ces traités celui qu'il a composé sur la circulation du sang, imprimé plusieurs fois en Italie, et une grande histoire du monde, depuis la création jusqu'à notre temps. «Ici je prie le lecteur de ne pas regarder la Grèce moderne, comme font la plupart des chrétiens, avec un air de mépris. Bien loin d'être le siège de la barbarie, on peut dire que dans ce dernier siècle elle a produit des génies comparables à ses anciens sages. Et pour ne point remonter plus haut, de nos jours on a vu trois Patriarches, savoir un de Constantinople, et deux de Jérusalem, dont la grande réputation était le juste tribut de leur mérite. Callinique était celui de Constanti- , nople , doué d'une rare éloquence , et qui eut cela de particulier entre ceux de son rang, qu'il conserva toute la vie sa dignité, et mourut Patriarche. Ceux de Jérusalem étaient Dosithée, et son parent et successeur Chrysanthe, qu'on dit être encore en vie. Le premier a composé contre les Latins trois volumes de controverses, qui sont imprimés. Je ne parle pas de ses autres écrits, qui lui font tous honneur. Outre ces savants, Constantinople a produit Mélèce, premièrement évêque