Chapitre 1. — La langue. — Coraï
Grèce par ses Préfaces aux œuvres des anciens auteurs les vertus prônées par ces auteurs et les idées sociales de la France, où il s'était établi comme un intermédiaire intellectuel, afin de signaler à sa patrie tous les progrès de l'humanité, le classent parmi les premiers réformateurs de sa nation.
Lorsque la guerre de l'indépendance eut attiré sur la Grèce l'attention de l'Europe, beaucoup de personnes, des hellénistes eux-mêmes, croyaient le grec-moderne un idiome corrompu et barbare, rappelant beaucoup moins son illustre origine que les débris du Parthénon ne rappellent le chef-d'œuvre d'Ictinus, et ne voyaient en lui qu'un informe assemblage de locutions et de mots italiens, turcs et slaves, brodé sur un patois ignoble, qui aurait fait tressaillir d'horreur Xénophon dans sa tombe. Aujourd'hui qu'on s'est livré à une étude plus raisonnée de cet idiome, on est arrivé à reconnaître que c'est du véritable grec, altéré sans doute jusqu'à un certain point par l'influence du temps, mais non plus éloigné de la langue des Septante que celle-ci ne l'est de la langue de Xénophon, ou encore que la langue de Xénophon n'est distante du dialecte d'Homère: L'idiome parlé par le commun du peuple paraît être un composé de débris de tous les dialectes locaux et vulgaires de l'antiquité, parmi lesquels les uns nous sont restés inconnus, d'autres, comme le dialecte béotien et celui de l'Arcadie, ne nous ont été révélés que par de rares monuments, fortuitement conservés. Ces dialectes, de même que les
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populations qui s'en servaient, broyés et mêlés par les invasions et les conquêtes successives que la Grèce a subies, formèrent, depuis que le développement individuel des cités eut cessé, une langue à peu près commune pour tout le peuple asservi; tandisque l'ancienne langue commune , celle des auteurs et de l'élite de la nation, ayant perdu beaucoup de sa richesse, fut restreinte au petit cercle des hommes qui formaient encore l'aristocratie intellectuelle. Le peuple ignorant et inculte employait souvent sans doute en parlant des expressions et des mots empruntés aux étrangers avec lesquels il était en contact, sans se trop soucier si la langue n'en possédait pas les équivalents. En même temps des traducteurs inhabiles trouvaient plus commode d'adopter aveuglément les tournures des textes étrangers qu'ils avaient sous les yeux, que de chercher celles qu'exigeait l'esprit de leur propre idiome.
Coraï, qui voyait en la langue moderne la fille pure et naïve du grec-ancien, sans toutefois se méprendre sur les dangers d'altération et de décadence auxquels l'exposait la condition malheureuse du peuple grec, s'est appliqué, pour écarter le mal, à le signaler et à en indiquer le remède. Dans ses Mélanges littéraires il recherche tous les mots et toutes les tournures de source pure, qui se sont conservés non seulement dans les auteurs, mais encore dans la bouche du peuple de plusieurs parties de la Grèce, et qui peuvent remplacer les xénologismes plus ou moins adoptés par l'usage. Il prouve en