Chapitre I. — La langue. — Cor aï
même temi)s Torigine classique d'une foule d'expressions et de mots prétendus vulgaires ou barbares, et apprend aux plus pri^venus à ne pas se faire scrupule de les employer.
C'est ainsi que, sans prétendre faire refleurir le tronc que les siècles ont dépouillé , il donne tous ses soins au rejeton vivace qui a poussé, et qui, convenablement cultivé, peut bien se couvrir encore de fleurs, non les mêmes sans doute , mais aussi non trop inférieures à celles du bel arbre qui l'a nourri.
Soutenir , comme on l'a fait quelquefois , que Coraï ait été l'initiateur du style néo- hellénique, tel qu'il est aujourd'hui en usage, c'est aller de beaucoup audelà de la vérité. Si dans la lutte philologique il a pris position entre les deux tendances extrêmes, ce n'est pas qu'il ait créé cette position. Guidé par un jugement sain, il s'est joint à ceux qui l'occupaient de tout temps, et qui, soit au sein de l'égUse, soit au Phanar, soit partout ailleurs 011 l'éducation était soignée, sans écrire le grec ancien, donnaient à la forme moderne de la langue toute la pureté qu'elle comporte, et ne la laissaient pas dévier, autant que faire se pouvait, des règles de la grammaire littéraire. Pour se convaincre que Coraï n'a pas été le premier à imprimer à la langue cette impulsion, on n'a qu'à se rappeler que Jacques Rizos Néroulos, qui était lui-même un excellent styliste et suivait la même direction, loin d'être un disciple de Coraï, était plutôt son adversaire, et qu'il l'a raillé dans une comédie fort
86 Livre III. — Renaissance, — De 1800 à 1821.
spirituelle, lui, et les innovations qu'il cherchait à introduire dans le langage usuel.
Le véritable service que le grand philologue a rendu à la langue consiste en ce qu'il s'est rallié au parti le plus raisonnable, et a décidé du triomphe définitif, en l'appuyant de toute l'autorité de son nom, et en l'éclairant de sa vaste érudition. Il n'a pas exercé une influence moins salutaire sur la littérature, en rappelant à tous ceux qui prétendent écrire, qu'avant tout ils doivent donner un soin constant à la langue dont ils veulent se servir. Dans les auteurs anciens, qui étaient son domaine, et dans la littérature française, au sein de laquelle il a été nourri, il trouvait l'exemple de ce purisme et de cette correction qu'il recommandait à ses compatriotes, et qui ont contribué à relever les lettres modernes de la Grèce.
On ne peut pas dire que son propre style ait été sans reproche. Né et vivant loin des centres où l'on écrivait un grec plus élevé, Coraï fait souvent aux formes vulgaires une part plus large qu'il n'était nécessaire. D'un autre côté il prétend consacrer des locutions empruntées soit un gi-ec ancien, soit au dialecte populaire, que l'usage désavoue. Il semble oublier quelquefois qu'il est permis de diriger les langues, mais qu'on ne peut pas leur faire violence. Ce sont ces écarts que Rizo a attaqués dans sa comédie en les exagérant, et il en a eu raison.
A part ces quelques irrégularités de formes, et quel-