Chapitre I. — La langtce. — Coraï
qiefois un peu de prolixité, le style de Coraï est adm.rable par sa lucidité, et semble taillé sur celui des grands modèles de l'antiquité.
C'est donc la langue parlée par les classes les plus éclairées qui, avec le concours de Coraï et de la plupart des écrivains instruits, ses prédécesseurs et ses contemporains, a été consacrée comme langue écrite. Ne diffé-ant du grec ancien que par certaines variations de types et par son moindre degré de richesse, elle ne prétendait pas retourner à sa source, mais elle s'appliquait à s'en rapprocher le plus possible, et une fois dans cette voie, elle alla vite. Elle se débarrassait tous les jours d'elle-même et comme par enchantement de la croûte dont l'avaient couverte en la défigurant des siècles de barbarie, et elle est arrivée tout naturellement et sans violence à un idiome épuré, malléable et flexible, susceptible d'un grand développement, et capable de s'enrichir à l'infini aux trésors de la langue ancienne, à un idiome enfin purement grec, qu'un auteur ancien n'écrirait pas, mais qu'il comprendrait aisément, et qu'il ne condamnerait probablement pas.
Dans les deux camps extrêmes il ne resta que quelques retardataires obstinés, ou ceux qui, par simple dilettantisme, s'amusaient quelquefois encore à écrire soit le Grec de Pindare, soit celui des Clephtes.
La partie la plus remarquable de làctivité littéraire de Coraï embrasse ses nombreuses éditions d'auteurs anciens, dont 16 volumes furent publiés sous le titre
88 Livre III. — Renaissance. — De 1800 à 1821.
collectif de Bibliothèque hellénique., quatre sous celui ^accessoires {ndpepya) de cette Bibliothèque, et en outre 6 volumes à part, consacrés à des auteurs moir.s importants. L'esprit de critique profonde et subtile qu'il a apporté dans la correction, la restitution et l'interprétation des textes, range son œuvre parmi les. premiers monuments de la philologie moderne, tandis que ses notes, qui se rapportent très -souvent à l'affinité du grec -ancien et du grec - moderne , ont une importance toute nationale, et contiennent, ainsi que ses Mélanges (en 3 volumes) , et plusieurs parties de ses Préfaces., des matériaux précieux pour une future lexicographie du grec actuel. De Strahon il a donné en outre une édition particulière en 6 volumes, avec une excellente traduction française, faite en collaboration avec La Porte du Theil et Gosselin, conformément à un désir exprimé par Napoléon I. Il a également accompagné d'une traduction française le discours de Lycurgue contre Léocrate, et il a ajouté des notes et des observations préliminaires, écrites en français, aux Caractères de Théophraste., ainsi qu'au traité d^Aristote sur les Vents, les Eaux et les Lieux.
Parmi ses travaux philologiques il faut compter aussi sa coopération à l'édition de Pausanias par son ami Clavier, et au premier volume du Trésor de Henri Etienne, publié à Londres.
Coraï s'est aussi occupé d'études théologiques, et leur a consacré quelques travaux, comme l'édition com-