‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 7 sur 159 · Livre I. — Apres la conquête · texte numérisé non relu

Livre I. — Apres la conquête

les montagnes ; seule une triste biche ne va pas avec eux ; elle recherche l'ombre et dort sur le côté gauche ; trouvet-elle de l'eau limpide, elle la trouble avant de la boire. Le soleil la rencontre; il s'arrête et lui demande: Qu'as-tu, pauvre biche? Pourquoi ne vas -tu pas avec les autres cerfs? Pourquoi recherches-tu 1' ombre et dors-tu sur le côté gauche ? — Soleil, tu me le demandes, je veux te le dire : Pendant douze ans j'étais sans enfants ; j'en eus un enfin, je l'ai nourri et je l'ai élevé. Lorsqu'il eut deux ans accomplis, un chasseur l'a tué. Malédiction sur toi, chasseur ! Tu m'as ravi mon époux ; tu m'a privée de mon faon. »

Foulée aux pieds, la tombe du brave rend un gémissement profond. «Pourquoi gémis- tu, ô mort? Pourquoi ce profond soupir ? Est-ce la terre qui te pèse, est-ce la pierre noire? — Ce n'est point la terre qui me pèse, ce n'est point la pierre noire. Ce qui m'afflige, c'est que tu m'aies méprisé, que tu aies marché sur ma tête. N'étais-je pas jeune aussi, n'étais-je pas un brave? N'ai-je pas aussi traversé les bois par le clair de l'une, et fait sentir ma bravoure aux Turcs?»

Dans plus d'un de ces chants on voit briller toute la vivacité de l'imagination inépuisable des anciens, et l'on se croirait revenu aux temps où les créations poétiques peuplaient l'Olympe et le faisaient intervenir dans les drames humains. Tel est le cas pour l'élégie qui suit, toute éclatante de poésie et de fraîches images:

«Pourquoi les montagnes sont -elles noires et menaçantes ? Est-ce le vent qui les ébranle, est-ce la pluie qui

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