‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 8 sur 159 · Chapitre I. — Chants Clephtiques · texte numérisé non relu

Chapitre I. — Chants Clephtiques

les frappe? Ce n'est point le vent qui les ébranle, ce n'est point la pluie qui les frappe ; c'est Charon (la Mort) qui y passe avec les trépassés. Il chasse les jeunes devant lui , les vieillards le suivent , et il porte les tendres enfants rangés sur sa selle. Les vieillards le prient, les jeunes gens se mettent à genoux devant lui: «Arrête- toi, ô Mort, auprès d'une village, arrête-toi auprès d'une fraîche fontaine, que les vieillards se désaltèrent, que les jeunes gens jettent la pierre, et que les petits enfants cueillent des fleurs.» — «Je ne m'arrête pas à un village ni à une fraîche fontaine. Les mères y viendraient puiser de l'eau, et y rencontreraient leurs enfants; les époux s'y reverraient, et je ne pourrais plus les séparer.»

La chanson suivante n'est-elle pas due à cette même inspiration qui dictait aux anciens poètes ces magnifiques compositions appelées Nekyae ou descentes des morts aux enfers?

«Zachos est monté à cheval pour aller chercher les Enfers. Son cheval était gris de fer, sa selle était d'or. Il descendait marche à marche. Soudain à une marche il hésite. La terre le vit et eut peur; Charon s'en émut, et les morts qui le rencontrèrent lui demandèrent: «Que veux-tu Zachos? Pourquoi être descendu en ce lieu?» — «J'y suis venu pour revoir mes amis et m'en retourner.» — «Au moins, Zachos, que ne léguais-tu à un autre ta selle d'or avant de visiter ce lieu de ténèbres, d'où il n'y a plus de retour, où les enfants sont arrachés aux mères et les mères séparées des enfants? Et Charon

8 Livre I. — Après la conquête, 1453,

s'élance sur lui et le prend aux cheveux. «Lâche-moi les cheveux, Charon, et prends-moi par les mains. Tu sentiras ma valeur, tu verras si j'ai peur de toi.» Charon lui lâche les cheveux et le prend par les mains. Zachos lutte, et terrasse par trois fois son adversaire; mais Charon s'élance, et le prend de nouveau aux cheveux. «Lâche-moi les cheveux, Charon, et me prends par les mains. Je ne résiste plus; fais de moi ce que tu veux.» — «Viens voir ma tente et tremble: En dehors elle est tendue de rouge, elle est tendue de noir en dedans. Les pieux qui la soutiennent sont des bras de braves, ses cordes et ses crochets sont des tresses de jeunes filles.»

A ces exemples d'une imagination Dantesque nous ajouterons une ballade à laquelle on dirait que Bûrger a emprunté son chef-d'œuvre, Eléonore:

«O mère avec tes neuf fils et ton unique fille, ta fille chérie et tendrement caressée! Elle avait douze ans, que le soleil ne l'avait pas encore vue. Tu la baignais, tu la tressais à l'ombre de la nuit, et tu bouclais ses cheveux aux rayons de l'étoile du soir ou de l'étoile du matin.

«On te la demanda en mariage de l'étranger, de bien loin, de la Babylonie. Ses huit frères ne le voulaient pas, mais Constantin le veut:

— «Donne-la, ô ma mère, envoie Arété à la terre étrangère, afin que quand je voyage au loin j'aie aussi une consolation, et que je trouve un toit où m'abriter.»

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