‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 81 sur 159 · Chapitre V. — Poésie. — J. Rizo Néruulos · texte numérisé non relu

Chapitre V. — Poésie. — J. Rizo Néruulos

dégoutte encore des griffes du monstre. Polyxène, ô Dieux, aurait un cœur de tigre! Je la verrai s'asseoir sur ce même char qui a traîné mon époux dans la poussière I Elle s'appuiera sur le bras de son assassin, elle marchera ^ en triomphe sur la terre qui a bu le sang de son frère ! Je fuirai ; je ne vous verrai plus , monstres de cruauté et d'indifférence ! — Tu pleurs, pauvre orphelin : tu sens mon veuvage et ton abandon! tu sens l'injure qui sera faite à l'ombre de ton père! Cesse tes pleurs, sois tranquille ; ta patrie n'accueillera pas le meurtrier de son héros. Mais que les Dieux miséricordieux, les Dieux vengeurs écoutent ma voix ! Si tes concitoyens ingrats , si les Troyens, Hvrés aux plaisirs et à la mollesse, oublient jamais les hauts faits de ton père, son attachement à leur ville, son sang qu'il leur a prodigué, ton délaissement et les pleurs de la veuve Andromaque, quand tu seras grand , c'est toi qui perceras le sein de l'assassin de ton père. Par le lait et les larmes dont je t'ai nourri, par rame d'Hector, je t'adjure: s'il est des impies qui profanent les cendres de ton glorieux père, que tes mains fument du sang de leurs entrailles.*

L'austérité homérique respire dans cette description des chefs de l'armée des assiégeants:

«J'ai vu Agamemnon à la large poitrine, au port royal et majestueux; et Ménélas aussi, au regard pénétrant, qui semble altéré de vengeance et de sang. Ajax s'avance gigantesque comme un éléphant. Son large bouclier couvre une phalange. Que te dirai-je d'Achille?

Rangabé, Littérature néo- hellénique. Q

130 Livre III. — Renaissance. — De 1800 à 1821.

Tu le prendrais pour le Dieu Mars au milieu des Grecs. Il brandit sa lance et menace les tours de Troie. Debout sur son char comme un aigle, il semble vouloir s élancer d'un saut sur nos créneaux. Je ne l'ai jamais connu plus formidable, même lorsqu'il faisait déborder de sang notre Scamandre. »

Cassandre est dépeinte dans cette pièce comme une intrigante astucieuse, qui, éprise elle-même d'Achille, veut détourner de cet amour son innocente sœur Polyxène. Elle y est puissamment aidée par son frère Paris, qui craint de voir la paix conclue, et Hélène rendue aux Grecs. Polyxène balance, mais son sentiment pour le héros grec, et les raisons d'état que fait valoir auprès d'elle le faible Priam, l'emportent dans son cœur. Achille la conduit au temple, où, à peine arrivé, il est percé d'un trait du furieux Paris, et expire sur un monceau d'ennemis qu'il a égorgés. Soit que le poète fût embarrassé d'une rime, soit que le mot qui exprime un talon lui ait paru peu élégant dans la langage vulgaire qu'il emploie, il s'écarte ici de la tradition, et fait frapper Achille au milieu du dos. La part odieuse que la devineresse Cassandre prend à l'action fournit au poète loccasion de véhémentes tirades contre les vices du haut clergé, qui étaient souvent, sous la domination des Turcs, un des obstacles au développement national.

Son autre tragédie, VAspasie^ a pour elle l'avantage de la langue, et un grand nombre de beautés de détail ; mais elle est inférieure à la première pièce par l'intrigue,

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