‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 82 sur 159 · Chapitre V. — Poénie. — J. Rizo Néroalus. I 3 I · texte numérisé non relu

Chapitre V. — Poénie. — J. Rizo Néroalus. I 3 I

(jui y fait presqii'entièrement défaut. Asi)asic; la fameuse courtisane ou femme de Ptfriclés, arrive à Athènes pour trouver ses enfants morts et voir Périclés mourant de l'épidémie. C'est là toute la tragédie. C'est tout simplement l'élégie de la peste . sujet i\\\\ d'ailleurs me manquait i)as, lorsque cette pièce fut écrite, d une triste actualité, car ce fléau, avant que la civilisation et l'humanité de l'Europe ne l'eussent poursuivi jusqu'au fond de la Turquie, décimait les habitants de ce malheureux pays, et était un des plus grands griefs des peuples asservis contre la barbarie de leurs oppresseurs. Hippocrate et Socrate figurent dans cette pièce, y disent de très-beaux vers que leur inspire leur amitié pour le héros mourant ; mais l'auteur laisse entièrement de côté la grande époque dans laquelle ses personnages se meuvent. La peste est son sujet, le vrai héros de son drame, et voici en quels termes il la dépeint:

«Que me demandes-tu? Quelle langue décrirait nos souffrances ? Tels que des agneaux parqués dans le bercail . la foule encombre notre ville. Soudain un mal effroyable, inconnu dans les fastes du monde, la peste meurtrière vient fondre sur la ville et la change en désert. On dit que ce monstre à face noire apparut en Ethiopie, envahit l'Afrique, de là passa en Perse, et vint enfin s'abattre au milieu de nous avec une rage redoublée. Le fantôme terrible erre dans les ténèbres, et jette l'épouvante dans l'âme des habitants, qu'il éveille en sursaut. Sa tête atteint le faîte des toits; ses sifflements

132 Livre III. — Renaissance. — De 1800 à 1821.

nocturnes retentissent sur les tombeaux fraîchement ouverts, et beaucoup de personnes attestent l'avoir vu pendant la nuit tourner sur elles des yeux lançant la flamme. >

Cette tragédie est accompagnée de chœurs, qui sont faibles sous tous les rapports. On y cherche en vain l'élévation lyrique, et la part qu'ils ont à l'action est entièrement secondaire.

Le véritable succès de Rizo est dans la poésie satirique. La verve caustique est d'ordinaire une des faces du génie. Le génie ne peut se passer d'esprit. Racine a écrit les Plaideurs, Byron a écrit Don Juan; les anciens princes de la tragédie écrivaient les Satyres, et Homère lui-même est, dit -on, l'auteur de la Batrachomyomachie.

C'est dans ses productions satiriques que Rizo déploie toute la force de son talent ; c'est là que la poésie la plus riche en images se marie au piquant de la comédie, et que les mots les plus heureusement trouvés se pressent dans un style plein de vigueur et de vérité.

Son principal ouvrage dans ce genre est V Enlèvement du dindon^ tableau ingénieux des mœurs contemporaines de la classe privilégiée du Phanar. Un Lucullus Phanariote, s'en étant retourné, gorgé de richesses, de la Valachie , ce Pérou du Phanar , contemplait de sa fenêtre au faubourg de Thérapia les beautés du Bosphore, et pensait à la magnificence de ses robes brochées d'or, de ses pelisses de zibeline, lorsqu'un troupeau de dindons vint à passer. Soudain l'intempérance, revêtant la

Page 1