Chapitre V. — Poésie. — J, Rizo Unngabé. I
taques des envieux? On ne lapide c^ue les arbres qui portent de beaux fruits»*).
Mais aussi, long -temps avant, Rizo Néroulos avait composé à propos de la traduction de Phèdre par son cousin, cette autre non moins belle et non moins juste :
«Jacques Rizo (Rangabé) a traduit Racine. Est-ce Rizo qui a traduit Racine, ou Racine qui a traduit Rizo?î*)
Pour établir un juste parallèle entre les deux cousins, l1 faut reconnaître plus de verve et d'initiative à J. Néroulos, à J. Rangabé plus de soin pour la forme, une angue plus concise et plus pure, une versification plus châtiée. Si les deux écoles qui ont depuis divisé la littérature moderne existaient dès lors, on rangerait le premier de ces poètes au nombre des romantiques, qui permettent au génie de planer audessus des règles coni^entionnelles ; l'autre brillerait au premier rang des classiques, qui exigent que dans l'art une règle sévère tienne lïi frein le génie, et l'empêche de s'égarer. Rizo Néroulos a été à peu près le premier à réveiller chez les Grecs d'aujourd'hui la Muse trop long -temps assoupie; Rizo Rangabé, le premier à rendre au style poétique la loblesse et la pureté qui doivent en être des attributions nséparables.
I) Ti ^é>ov à\> npoa^dkXrjTai ô 'Pt^oç àizo ^Oouov;
Twv ôévâpwv rà xaXXixapita XtOo^okoùvrai fxôvov. *) V 'Pi^oç ô 'Idxcu/3oç fxs.'ziippaas. ^Paxlvov.
Abrbv èxeîvoç, ^ adràg fiBré<ppa<T£\i èxehov;
138 Livre III. — Renaissance. — De 1800 à 1821.
La plupart des Phanariotes cultivaient les lettres avec ardeur. Entre autres le Prince Alexandre N. Soutzo, le dernier Hospodar grec de Valachie, homme très-instruit, faisait aussi de très -jolis vers. Dans la collection des poésies de J. R. Rangabé, qui était son neveu, figure une longue énigme en vers très -bien tournée, dont le sujet est V Univers^ et que le Prince avait envoyée sous le nom d'un autre. Rangabé , ayant deviné et le mot de l'énigme et l'auguste poète, répondit par une pièce de vers meilleure et plus spirituelle encore. l
PERDICARI.
Passant sur un grand nombre de productions médiocres, ce fond inévitable sur lequel en tout temps et en tous lieux tranchent en relief les chefs-d'œuvre de la littérature, il est cependant juste de ne pas taire les productions de Michel Perdicari. Il était médecin, et,| comme Christopoulos , natif de Macédoine et domicilié| à Constantinople. Son œuvre principale est un poèmeî satirique en plusieurs chants, intitulé IJermélos, Démocrithéraclitos. ou Meliras^). \
Dans un grand délayage de vers le plus souvent mé-^ diocres, il donne un tableau spirituel et piquant de la; société de Constantinople. Son roman est celui d'ApuH lée, ou de l'Ane de Lucien: Une nonne, piquée contre' un médecin d'un dépit amoureux, lui envoie un pot de
i) Vienne, 181 7.