‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 89 sur 159 · INSTRUCTION. — LIVRES DIDACTIQUES · texte numérisé non relu

INSTRUCTION. — LIVRES DIDACTIQUES

JL ar le coup d'œil rapide que nous avons jeté dans la première partie de ce travail sur les destinées de la littérature des Grecs dans les temps modernes on a pu voir que l'atteinte de la servitude ne lui a pas été moins fatale qu'à toutes les autres manifestations de la vie nationale. Le souffle de mort qui a passé sur eux a dépouillé cet arbre autrefois si robuste, qui étalait aux brises de la liberté les plus belles fleurs de l'intelligence.

Cependant, au milieu de ce morne désert, l'oreille attentive pouvait encore saisir par intervalles un léger murmure, qui prouvait que la vie n'y n'était pas entièrement éteinte; et sur le tronc desséché, de faibles bourgeons, caressés parfois par quelque rayon éphémère, arrivaient jusqu'à un épanouissement maladif, et faisaient voir que la sève, retirée au contact glacial de l'hiver,

Rangabé, Littérature néo- hellénique. lO

146 //, Partie. - Livre I. — Prosctteiirs.

n'était pas tarie sans retour. C'est ainsi que, selon qu'un reflet de liberté se projetait sur les cimes* escarpées, ou sur les villes animées par l'industrie des Grecs, on a vu se produire ou ces chants rustiques, qui sont comme la fraîche haleine des montagnes, comme un retentissement lointain de l'antiquité héroïque, ou ces essais de littérature savante, qui semblaient présager et en même temps préparer l'avenir.

Mais les temps s'avançaient ; le décret de la providence devait être accompli. La Grèce respirait sous son linceul; son immobilité n'était pas celle de la mort; sa nuit n'était pas sans lendemain. Et lorsque l'aube de ce jour de régénération eut commencé à poindre, la littératuree devança l'aurore, et reparut à l'horizon, comme si elle devait guider de sa lumière le peuple ressuscité dans la nouvelle carrière où il allait entrer. Ce jour qui parut enfin éclaira des moments de terribles épreuves; il sembla devoir compléter l'œuvre lente des trois siècles de destructions. L'effort suprême que tentait la Grèce ressemblait à de l'agonie ; la mort et la dévastation étendaient partout leur empire.

Ce n'est pas dans ces heures de convulsions, sur ce sol mouvant et détrempé de sang, que la littérature pouvait être cultivée. Le moment était tout à l'action; on n'avait pas le loisir de penser. Les armes remplaçaient la plume; les écrivains se taisaient, comme les oiseaux effrayés lorsque l'orage éclate; et l'histoire de la littérature grecque est marquée à cette période par une page blanche.

Page 1