‹ Histoire littéraire de la Grèce moderneChapitre 96 sur 159 · Chapitre I. — Tr(t(luclioini · texte numérisé non relu

Chapitre I. — Tr(t(luclioini

l'histoire locale, et n'avance ([lie i)ar degrés dans les autres parties du domaine de l'intelligence. En Grèce elle rentra d'un bond dans la carrière, (lui n'était pas neuve pour elle, et avança, bien que d'un pas chancelant encore, dans tous les sentiers qu'elle y trouvait tracés. Ils ne lui étaient pas inconnus. Seulement elle avait à regagner les trois siècles de léthargie aux(iuels la servitude l'avait condamnée, et avant de rien produire de neuf, elle devait absorber ce qu'elle trouvait d'utile dans les littératures étrangères. Revenus à la vie, les Grecs ambitionnaient de se mettre au pas des nations les plus avancées, et se sentaient mûrs pour faire leur profit de tout ce qu'ils trouvaient chez elles qui méritât d'être imité.

Ce sont donc les traductions qui, surtout pendant les premières années après la guerre de l'indépendance, constituent la plus gi"ande partie du répertoire littéraire de la Grèce. En inférer que le peuple essentiellement créateur, qui a étonné l'antiquité par la fertilité prodigieuse de son génie, ait dégénéré au point d'avoir perdu toute force d'initiative, serait porter un jugement superficiel et peu équitable. L'activité fébrile qui s'était emparée de chacun et de tous, le besoin de mettre la main à l'œuvre commune de régénération, était peu propice à la vie spéculative d'auteur. L'existence réelle réclamait tout le temps et tous les soins. La nation réveillée, marchait d'un pas rapide; elle n'attendait pas ; elle voulait apprendre beaucoup et vite. Ceux qui se croyaient ap-

I 6o //. Partie. — Livre I. — Prosateurs.

pelés à l'instruire, au lieu de compositions laborieuses et de longue haleine, préféraient porter à leur patrie le tribut de leurs connaissances en traduisant quelques uns des ouvrages de réputation établie , qui ne les détournassent pas sérieusement de leur tâche plus matériellement active dans la société. Ils remettaient ainsi la Grèce en possession d'une partie des trésors dont elle avait autrefois doté l'univers.

Du reste, si les idées sont inépuisables, les formes qu'elles revêtent pour se manifester ont à peu près été épuisées par les efforts réunis de tant de peuples et de tant de siècles. Aussi les produits tout à fait originaux et sans précédents sont-ils de nos jours assez rares dans les littératures de tous les pays, et il est naturel que la Grèce, se trouvant devant tant d'œuvres qui ont atteint les limites de la perfection dans tous les genres, ait commencé par des traductions et des imitations, et qu'elle ait passé par les grands chemins battus avant de chercher à se frayer une route nouvelle.

Le nombre immense des livres traduits de toutes les langues en grec moderne embrasse tout le cercle des connaissances humaines, depuis les plus élémentaires jusqu'aux sciences transcendantes et aux produits de la belle littérature. On les compterait par milliers , et nous devrons nous borner à en citer en leur lieu quelques uns des plus importants.

Cette masse de traductions n'a toutefois pas toujours été sans quelque effet préjudiciable à la formation de la

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