TOME I
défaites de l'orthodoxie seront le signcal d'une renaissance pour les lettres.
Le XVII™® siècle ne pouvait produire ni des œuvres éminenles, ni des écrivains supérieurs. Les petites causes n'engendrent que rarement de grands effets; un auteur ne peut guère s'immortaliser à faire de la polémique pour ou contre les articles du Consensus, Et les dissensions théologiques ont si complètement absorbé toutes les activités et tous les talents, que les genres purement littéraires sont bien délaissés. Quelques voyageurs et conteurs, quelques pamphlétaires, deux ou trois critiques, autant de journalistes — car le journal fait son apparition en Suisse, — peu de poètes, peu de chroniqueurs, peu d'historiens, mais des théologiens, et des théologiens, voilà tout ce que nous offre la période qui sera, en France, le siècle de Louis XIV.
Les premiers réformateurs étaient assez indifférents à la question d'art. Cependant leur littérature est traversée d'un souffle de force et de jeunesse que l'on ne trouvera plus chez leurs successeurs. Ils écrivaient au milieu des périls, à la veille des batailles. Ils se sentaient les soldats de Dieu, et les plus médiocres étaient brûlés du feu sacré. Rien de pareil, entre la mort de Théodore de Bèze et l'abolition du Consensus, Aussi bien, la pensée se disciplinera ou plutôt se refroidira, le style sera désormais grave et terne. Le grand siècle sera chez nous le siècle gris.