‹ Histoire littéraire de la Suisse romande des origines a nos jours (volume 2)Chapitre 58 sur 76 · CHAPITRE IV Les savant · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Les savant

I. Jurisconsultes. — II. Humanistes. — III. Médecins et naturalistes: Jean-Robert Chouet.

Ce chapitre ne sera qu'une sorte d'appendice, car il m'est impossible de parler autrement qu'en courant des savants qui illustrèrent notre pays durant le XYII""^ siècle.

Parmi les jurisconsultes, je distingue Jacques Godefroy (1587- 1682) qui est, au jugement de Gravina, le premier interprète du droit romain après Cujas ; il publia en 1616 — il n'avait que vingtneuf ans — ses fameux Fragmenta duodecim Tabularum, Je cite encore Pierre Ayrehaudouze du Cest (1 587 à 1 627).

Les humanistes sont moins nombreux qu'au siècle précédent, et aucun n'a la valeur de Robert ou d'Henri Estienne. Il convient cependant de mentionner Florence-Étienne-Méric Casaubon (1619 à 1671) qui, sans égaler son père, Isaac Casaubon (v. p. 188) a laissé, outre divers écrits de théologie composés en latin ou en anglais, plusieurs ouvrages estimés de philologie ; Etienne Le Clerc (1599 à 1676), un helléniste remarquable; Ézéchiel de Spanheim, que nous retrouverons historien et annaliste intéressant; Pyrame de Candolle, le fondateur à Yverdon de la Typographie-Helvétiale-Caldoresque, un savant philologue, qui eut le tort de ne pas mettre en volumes ses connaissances très étendues, etc.

Parmi les médecins, il ne faut pas oublier David Le Clerc (1652 à 1728), l'auteur, fort apprécié en son temps, d'une Histoire de la

médecine (1 696) et d'un traité de Chirurgie complète (1 695) ; Théodore Turquet de Mayerne (1573-1655), le médecin, le conseiller et le favori de Jacques I" d'Angleterre.

Parmi les naturalistes et les physiciens, je relève les noms des frères Jean (1 61 5 à 1 688) et Théophile Bonet (\ 620 à 1 689). Je dois plus qu'une mention à Jean Robert Ghouet \ Né à Genève en 1642, Chouet fit ses premières études dans sa ville natale; il alla. les compléter à Nîmes, où il suivit les cours de ce fameux de Rodon, le prince des dialecticiens de l'époque. A vingt-deux ans, nous dit M. Sayous, « le jeune philosophe (il s'agit de Chouet), qui venait de passer à Descartes avec armes et bagages, tout en étudiant la théologie à Genève, avait osé disputer la chaire de philosophie de l'académie protestante de Saumur, à un ministre de Saintonge ferré sur la scolastique. La lutte avait été opiniâtre, et Descartes, malgré tout, avait battu Aristote, aux applaudissements de l'auditoire. » Chouet obtint la chaire, ensuite de ce concours honorable. La mort de Gaspard Wyss, en 1566, rendit vacante à Genève la place de professeur de philosophie ; Chouet se présenta et fut immédiatement agréé. Son éloquence, sa science, son cartésianisme déclaré peut-être, attirèrent une foule d'étudiants. Bayle, son élève, écrivait, en 1671 : « M. Chouet est un esprit extrêmement délicat, et également poli et solide. » Le brillant disciple de Descartes dut, en 1686, renoncer à l'enseignement pour entrer dans l'administration. H fut investi des premières charges de la République comme aussi de missions diplomatiques fort importantes auprès du duc de Savoie et des cantons suisses. Il mourut en 1731, aussi honoré comme magistrat que comme savant.

Chouet, qui a laissé en manuscrit des Recherches sur le passé de son pays', a fourni à Spon les matériaux nécessaires à son Histoire de Genève. Mais il est surtout connu par ses ouvrages de physique, tous écrits en latin : De mria astrorum luce (1674), De matériel et forma corporum (1674), De iride (1675), De vacuo (1676), etc. Chouet ne s'est pas contenté de suivre servilement la méthode de Descartes; il l'appliquait avec intelligence, constate M. Sayous, à l'étude expérimentale des phénomènes naturels, remettant tout en question, recommandant avant tout la liberté d'examen.

' Senébier^ II, 259. France protestante^ 2'"« éd. Bull, de VInst. nat. gen., IX. Sayous^ 1, c. I, 181. Alliance libérale, 1881, p. 37 et 38.

* Publiées en extrait dans le Journal helvétique, janvier 1755.

462 LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE ET LES PREMIÈRES ANNEES DU DIX-HlflTlÈME.

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