‹ Histoire littéraire de la Suisse romande des origines a nos joursChapitre 5 sur 69 · CHAPITRE II La, Poésie · texte numérisé non relu

CHAPITRE II La, Poésie

I. Quelques noms. — II. Un Scarron bernois : Samuel Henzi; son Homère travesti, III. Les vers d'un jurisconsulte : Emer de Wettel.

La Muse romande est, de 1 700 à \ 750, plus stérile encore, s'il est possible, que pendant le XVIP^ siècle. Je serais fort embarrassé de citer, non point une œuvre marquante ou un nom connu, mais seulement deux douzaines d'alexandrins bien tournés. Il faut chercher dans le Journal helvétique'' les poétereaux de l'époque. Nous avons J.-5. Tollot déjà nommé, un pauvre versificateur. Godefroy de Tribolet a commis ce sonnet passable sur la mort de J.-F. Osterwald :

^ Notice en tête des Œuvres (édition Mallet). Lettres à J.-A. Turrettini, I. Senebier, III. Sayous^ II, 57. Haller, TI, 132 et s. Bibl. des sciences et des heaux-arts (1763), XIX, 1 et s. Be Montet.

^ Voir Gaullieur^ 54 et s. ; Bev. suisse^ XIV, 248 et s. ; Genève et ses poètes, 192 et s.

l'histoire et la poésie. 65

Toi qui fus d'Osterwald l'amour et le berceau, Modère tes regrets, ville trop fortunée. Et, réduite à porter ses restes au tombeau. Songe que pour le ciel sa grande âme était née.

Son siècle, qui sera ton siècle le plus beau, D'un honneur immortel te laisse couronnée ; Mais à l'Église en vain donnas-tu ce flambeau Si tu n'en demeurais toi-même illuminée.

Montre donc, Neuchâtel, quel était ton pasteur : Un triste monument construit par ta douleur Ne peut seul de son nom illustrer la mémoire;

Tout le prix qu'il chercha pas ses soins assidus

Fut de semer en toi le germe des vertus

Qui l'ont porté lui-même au Séjour de la gloire.

Les vers de Tribolet sont, je crois, les meilleurs du Journal helvétique d'avant 1750. Un de ses homonymes, David de Tribolet, le Genevois Pierre Bardin, ont aussi rimé pour la feuille de Bourguet.

Je puis sans remords ne point allonger cette nomenclature. Il ne sera pas superflu, en revanche, d'étudier en quelques lignes notre poésie satirique pendant la première moitié du XVIIP® siècle. Les gouvernements avaient beau défendre qu'on les discutât ou les chansonnât; la malice populaire s'est toujours ri de la censure. On s'arrachait, à Genève, en J709, après les élections du Conseil des Deux-Cents, une pièce de vers où chaque député avait son couplet :

Dans le Grand Conseil on reçoit Baulacre qu'à peine on conçoit Et qui n'est marchand ni légiste.

Et n'eut jamais d'autre souci Que celui d'être bon fleuriste Au village de Landecy...

En 1734, une circonstance analogue met en belle humeur les rimailleurs genevois. Les quatre-vingt-dix-huit strophes de la mieux venue de leurs diatribes bombardent les nouveaux conseillers :

Approchez donc, troupe aspirante !

Fussiez-vous sots, osez tenter :

Vous pouvez bien vous présenter Puisque X. X. X. se présente

Mais tous ces pasquins n'ont rien de littéraire. Je rappelle encore que Jean Du Pan, procureur général à Genève (lès 1707, fut un esprit dégourdi et un poète d'un certain mérite;

Page 1