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CHAPITRE II Hisitoriens et archéolog^ues

— Histoire ecclésiastique : Merle d'Aubigné et son Histoire de la Réformation; G. -A. de Félice ; Ant. Monastier ; Th. Claparède ; J.-A. Gaberel ; A. Saintes. —

II. Historiens genevois: Am. Roget et son Histoire de Genève; A. Rilliet de Candolle: Ed. Mallet; J.-B.-G. Galiflfe; le D-" Chaponnière: H. Bordier; Ch. LeFort : P.-E. Lullin: le général Dufoiir: J.-D. Blavignac; Th. Heyer; quelques noms. —

III. Historiens vaudois : Ch. Monnard, le continuateur de J. de Millier: L. Vulliemin, son Histoire suisse et ses autres ouvrages; F. de Gingins-La-Sarra ; A. Verdeil ; Ed. Secrétan ; A. Morel-Fatio : F. Forel ; L. et Fréd. de Charrière, — IV. Histo riens neuchâtelois : F. -A. de Chambrier et son Histoire de Neuchàtel et Valangin; G. -A. Matile: Dubois de Montperreux : quelques noms. — V. Historiens fribourgeois, valaisans et jurassiens : le D"" Berchtold et son Histoire de Frîbourg ; J.-J. Hisely ; le chanoine Boccard ; A. Quiquerez; le doyen Yautrey ; L. Trouillat : quelques noms.

L'histoire ecclésiastique et religieuse, dans laquelle j'aurais pu comprendre certains ouvrages, analysés ou mentionnés plus haut, de Bungener, Chastel, etc., n'a pas produit, dans la Suisse romande de notre siècle, d'écrivains ayant égalé Jules-Henri-Merle d'Aubigné^ (1794 à 1872), un descendant du fameux auteur des Tragiques. Ce théologien, qui fut l'un des plus énergiques soutiens du « Réveil » et qui a pubhé une foule de sermons, de discours, de brochures, n'a laissé qu'un grand ouvrage, une Histoire de la Réformation au temps de Calvin, rééditée plusieurs fois et traduite dans la plupart des langues de l'Europe. V Histoire de Merle d'Aubigné, qui se compose de leçons — d'ailleurs remaniées — destinées à un auditoire de chrétiens fervents, donne l'impression d'une éloquente et copieuse prédication; elle n'était pas achevée à la mort de l'auteur : les septième et huitième volumes ont paru de 1875 à 1878. Le livre est bien, comme son titre l'indique, un tableau du développement du

^ Bull, de la Soc. du protest, français, XXIII, 158 et s. (étude de M. J. Bonnet). Revue des Deux-Mondes du 15 juin 1854 (article de M. Ch. Rémusat). Études sur la littérature française du XZX™^ siècle de Vinet, III, 382 et s. France protestante. Galerie suisse, III, 247 et s. Journal de Genève de novembre 1872. De Montet.

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protestantisme en Europe au temps de Calvin. Mais il manque un peu de proportions : ainsi Genève prend-elle à peu près la moitié de l'œuvre, grâce surtout à d'abondantes citations tirées de Bonivard, de Roset, etc., tandis que l'Allemagne est bien négligée et que la France Test un peu; l'Angleterre seule, en dehors de Genève, n'aurait pas à se plaindre de la superficialité de l'historien.

Toute la méthode de Merle d'Aubigné tient dans cette phrase : « Je crois fermement que si l'histoire doit avoir de la vérité, elle doit avoir de la vie. » Ce serait fort bien si l'on n'immolait pas la vérité à la « vie, » c'est-à-dire, en bon français, à l'imagination, à la poésie. Le biographe le plus consciencieux de Calvin, l'Allemand Rampschulte, l'accuse, à propos des pages sur la jeunesse et les premiers travaux de l'illustre réformateur, « de tomber encore plus dans le roman qu'autre part, et, sans souci des faits et des dates, de renchérir encore "sur les exagérations de la tradition. » Il est nécessaire de réagir contre les panégyriques outrés dont Merle a été l'objet de la part de gens moins compétents que dévots, et toujours prêts à donner du génie à l'écrivain qui flattera, en style d'une belle emphase, leurs doctrines particulières. Il ne suffit pas même de formuler quelques réserves, comme M. J. Cart, puis de s'écrier comme lui : « VHistoire de la Réformation deviendra, elle est déjà un livre classique dans les églises réformées. » Un « livre classique, » avec toutes ses erreurs, toutes ses longueurs, tout ce qui lui fait défaut en science et en esprit critique? Non, pas même « dans les églises réformées, » mais un livre populaire, largement écrit, avec de grands mouvements de style oratoire, avec la préoccupation constante de rédiger un plaidoyer plutôt qu'une histoire du protestantisme. Vinet remarquait déjà, en termes d'une gravité malicieuse : « Il y a, dans ce cours devenu livre, plus d'efïusion que n'en comporte l'histoire. »

Effectivement, l'auteur n'expose pas un sujet, il défend une cause ; il ne raconte pas la réformation, il l'admire et l'exalte. Hypothèses édifiantes mais arbitraires, légendes héroïques mais peu prouvées, ardentes sympathies calvinistes altérant l'impartialité , érudition médiocre, abus du détail insignifiant, digressions oiseuses, citations interminables, fastidieuses anectodes, « doigt de la Providence » mis partout, culte de la phraséologie religieuse, voilà ce qu'on peut, sans lui faire tort, reprocher à Merle d'Aubigné. J'accorde, si l'on ne considère plus son Histoire comme une histoire, mais comme une apologie de la réformation au XVI"® siècle, j'accorde qu'on y loue, sans chicaner sur le ton déclamatoire et l'allure souvent massive du

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récit, la passion vigoureuse, la narration vivante, un art remarquable de dramatiser les faits, le dédain de la petite controverse, l'imagination chaude et généreuse, et cette langue robuste, qui a autant de force et de clarté que de couleur et de pittoresque, sinon de pureté et d'élégance. Ch. de Rémusat, jugeant VHisloire de Merle d'Aubigné au point de vue de la forme, a eu le droit de dire : « Il a pu avoir un succès de secte, mais il en mérite un plus étendu, car c'est un des livres les plus distingués de notre temps. » De nombreux passages, comme celui qui retrace les derniers moments de Luther, sont tout simplement admirables.

Que mentionnerai-je encore de ce puissant travailleur que fut Merle d'Aubigné? Ses Trois siècles de luttes en Ecosse (1850), où il se range résolument du côté des presbytériens, son Protecteur (1848), une enthousiaste réhabilitation de Cromwell, ne veulent être que rappelés d'un mot. Merle d'Aubigné restera, en somme, l'un des plus éloquents, mais non des plus solides historiens des origines de la Réforme.

Avec moins de talent et plus de mesure, le Vaudois Guillaume- Adam DE Félice' (1803 à 1871), qui enseigna longtemps à Montauban, écrivit V Histoire des p^'otestants de France « depuis l'origine de la Réformation jusqu'aux temps présents » (1850; 3'"' éd. 1856); c'est là, suivant Ch. de Rémusat, « un livre bien pensé, bien écrit, et dont le seul défaut est le manque de nouveauté d'une grande partie du sujet. » Il est certain que Félice ne s'est pas appliqué aux longues recherches; l'inédit lui importe peu. Son ambition n'a été que de composer « un simple abrégé, » un bon travail de vulgarisation, bien conçu, écrit dans une langue agréable et claire, quoique un peu fluide et assez terne, — un récit condensé et fidèle des vicissitudes de la Réforme en France. Sans doute, l'auteur, dur aux cathoHques, a bien des indulgences pour ses coreligionnaires; il me parait cependant qu'il est, parmi les historiens protestants, l'un des plus modérés.

Il a composé d'autres volumes et de nombreuses brochures; je signalerai parmi ces dernières son Appel d'un chrétien aux gens de lettres (1842), où je lis ceci : « L'air vous manque; levez la tête; il y a là-bas un beau ciel et un vaste horizon; faites quelques pas en avant, il y a un magnifique soleil qui vous réchauffera de ses rayons. »

^ Bévue des Deux-Mondes du 15 juin 1854. Revue suisse, XIV, 146 et s. De

Montet.

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Et il déplore l'absence de convictions et surtout le défaut d'unité morale qui empêche la littérature d'être grande et forte; il a oublié que

L'ennui naquit un jour de l'uniformité.

Je me bornerai à citer V Histoire de l' Église vaudoise et des Vaudois du Piémont, des origines à nos jours, par l'un des fondateurs de l'Église libre du canton de Vaud, le pasteur Antoine Monastier (1774 à 1852). Le Genevois Théodore Claparède (f 1888) a laissé une Histoires des Églises réformées du pays de Gex (1856), dont l'intérêt est rehaussé par les documents précieux que l'auteur sut découvrir et utiliser. Jean-Pierre Gaberel (1810 à 1889), lui, a été l'un des hommes qui se sont occupés avec le plus de constance et d'ardeur du passé palitique et religieux de Genève. On se souvient encore des conférences annuelles très courues qu'il donna sur l'Escalade, à partir de 1856, et qu'il eut le talent de renouveler sans cesse. L'énumération de ses œuvres serait fort longue; je ne puis^ qu'indiquer : son Histoire de l'Église de Genève, faite dans le ton de l'apologie, ses monographies bien connues sur les relations de Voltaire et Rousseau avec les Genevois, et une belle étude sur Jacques Saurin. Je citerai au moins, pour finir, le nom d'i. Saintes (t 1878), un Français naturalisé Suisse qui fut pasteur à Bienne: ses volumineux travaux d'histoire religieuse et philosophique, animés d'un souffle très libéral mais difficiles à lire, ont conquis l'estime des savants.

Les publications historiques proprement dites sont en général, dans notre Suisse romande, le fait d'érudits, de remueurs d'archives, qui poursuivent le document et sont vaincus par lui. Le régime auquel se condamnent nos historiens sera plus fatal à leur réputation qu'à l'histoire elle-même : on les oubliera, mais les aprèsvenants n'auront qu'à puiser dans les travaux de leurs prédécesseurs pour écrire des œuvres solides et brillantes ; les pierres des édifices à construire sont ou vont être assemblées, il n'y aura plus qu'à bâtir.

Si la plupart de ceux qui scrutent le passé y cherchent avant tout le détail ignoré, la pièce inédite, quelques-uns ne dédaignent point

d'écrire des livres accessibles au grand public, résumés, manuels, ouvrages de fond ; l'un ou l'autre détaclie volontiers ses yeux des âges révolus pour les porter sur notre XIX™^ siècle , si agité et si changeant. Les Genevois ont, parmi les contemporains, pris le premier rang dans la vaillante troupe que l'érudition met au service de l'histoire. Mais tous ne se sont pas contentés d'enregistrer ou de contrôler des événements et des dates ; les uns se sont plu à combiner l'ancienne méthode oratoire avec la nouvelle, celle-ci plus sûre, plus amoureuse d'exactitude cpie d'éloquence, et c'est à eux que l'avenir appartiendra, à ceux qui uniront l'art à la science, les formes littéraires à l'entière connaissance des faits : les grandes tirades couvrent souvent trop d'ignorance, les sèches compilations d'anciens textes trop d'étroitesse d'esprit, pour qu'il ne faille pas renoncer à se cantonner dans la phrase ou dans la minutie.

Amédée Roget ' (1 825 à 1883), qui remplit, pendant trente et un ans les fonctions de professeur d'histoire à l'École préparatoire de la Société évangélique de Genève, n'a pas réussi à faire exactement, dans son Histoir^e du peuple de Genève depuis la Réforme jusqu'à VEscalade, la part de l'érudition patiente et de la vulgarisation aimable. L'ouvrage affecte trop, comme l'a remarqué M. P. Vaucher, « les allures d'une simple chronique ; » il est d'ailleurs extrêmement détaillé et fidèle, mais assez mal composé et rédigé dans un style qui, pour respirer la bonhomie et la franchise, n'est ni très nerveux ni très pur. Sept volumes en ont paru ; le dernier, publié en 1853, va jusqu'en 1568. Il aurait fallu vingt volumes au moins à l'excellent Roget pour arriver au terme de son travail. Notre chercheur allait de l'avant, passionné pour son entreprise, sans se demander s'il la terminerait un jour. Ce que l'on admirera le plus dans V Histoire du peuple de Genève, c'est, non pas la profusion, peut-être fatigante, des documents, ni l'impartialité du narrateur, ni la discussion — encore qu'insuffisante — des questions théologiques, mais la critique sincère et sagace des faits, les renseignements nouveaux tirés des sources les plus authentiques, l'inteHigence si complète du caractère genevois, un sens politique fort droit, l'absence de tout fétichisme envers Calvin, le besoin de justice et de vérité. S'il avait su choisir et se borner 1 S'il avait eu le courage d'oublier quelques-unes de ses découvertes, ou la chance de ne pas

^ Mém. et dociim. de la Soc. d'hist. et d'archéol. de Genève, XXII, 297 et s. Professeurs, etc., par M. P. Yaucher, 1. c. 77 et s. Bévue historique, VI, 197 et s.

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faire telle de ses trouvailles ! Si seulement il avait uioins insisté sur les guerres religieuses et sur l'histoire générale !

Un autre livre, très fouillé aussi, Les Suisses et Genève (1864), traite des premières relations de Genève avec les Suisses et de l'émancipation de la ville. VÉglise et VÉtat de Genève du vivant de Calvin, les Hommes et choses du temps passé — six séries de très curieuses « étrennes genevoises, » — et d'autres écrits font bien de Roget, ainsi que l'a dit M. Th. Dufour, « un des plus infatigables moissonneurs dans le domaine de l'histoire de Genève. » Ses brochures politiques nous montrent un polémiste spirituel et souple que l'on n'eût pas deviné en lui ; j'en mentionnerai deux : La question catholique à Genève de 4845 à 4873, et La campagne ouverte contre le catholicisme qui conclut en ces termes : « Lorsque la liberté résout naturellement toutes les difficultés, pourquoi demander à l'autorité des solutions bien inférieures? »

On croirait à une appréciation du talent d'ALBERT Rilliet de Candolle' (1809 à 1883), un brillant émule de Roget, quand on lit ces réflexions d'Edmond Scherer : « Les sciences historiques ont fait un grand progrés, lorsqu'elles ont appris à négliger les récits de seconde main pour puiser directement aux sources ; ell^s ont fait un pas non moins important, lorsqu'elles ont compris que ce n'était pQint encore assez et que, à l'érudition qui réunit les témoignages, il faut ajouter la méthode qui les classe, la sagacité qui les interroge, la rigueur qui en précise la portée et en détermine la valeur. » C'est absolument ainsi qu'à procédé Albert Rilliet.

Sa biographie est fort simple : il enseigna la littérature ancienne et moderne à l'Académie de Genève jusqu'en 1846, puis au Gymnase libre jusqu'en 1857. Tl se consacra ensuite à l'histoire, se mêlant de loin en loin à la politique, se prononçant, par exemple, en patriote avisé et hardi, lui, le conservateur de vieille roche, pour les révisions fédérales de 1872 et 1874. C'était mieux qu'un érudit : une forte et lumineuse intelligence. « Il y avait en lui, nous apprend M. Marc Debrit, une pénétration singulière, une sorte de divination géniale, qui lui faisait découvrir le faux sous les apparences du vrai. » Précieuse qualité en histoire ! Aussi marchait-il dans la science d'un pas agile et sûr, conduit par je ne sais quelle fée au pays des heureuses découvertes et des belles restitutions. Son

^ Mém. et dociim. de la Soc- d'hist. et d^archéol. de Genève, XXII, 302 et s. (notice de M. Th. Dufour). Au foyer romand de 1889 (étude de M. Marc Debrit).

Histoire de la restauraiion de la République de Genève (1849) ne devait être que le prélude d'œuvres plus distinguées encore, plus ingénieuses et plus solides ; j'entends ses notices définitives sur Jeanne de Jussie, Marie Dentiére, les homélies de Saint-Avit, le premier séjour de Calvin à Genève, etc. ; j'entends surtout ses Origines de la Confédération suisse, histoire et légende (1868), l'un des chefs-d'œuvre de notre littérature historique, livre supérieur, livre capital, d'une science profonde, d'une langue alerte et vigoureuse, et, quoique destructeur de légendes, élevé et sain. « La Suisse, dit RiUiet, devrait être fiére d'avoir, comme l'ancienne Rome, adopté ou forgé des fictions qui se sont incorporées dans un impérissable chef-d'œuvre (le Wilhelm Tell de Schiller). Elle peut se consoler d'avoir perdu dans l'histoire ce qu'elle a pour jamais acquis dans l'héritage littéraire de l'humanité... Elle le peut d'autant mieux, qu'après tout l'histoire et la réalité qui lui restent ne le cèdent pas à la fiction, et qu'en fait de vertus civiques, de courage, de patriotisme, d'énergique amour de la liberté, les véritables annales des Waldstsetten n'ont rien à envier au roman des mauvais baiUis, au mythe des Trois Suisses et à la fable de Guillaume Tell. » On ne fera guère mieux que Killiet ; on ne dira pas beaucoup plus de choses justes et vraies sur le sujet important que l'auteur des Oingines a, du premier coup, éclairé d'une abondante lumière.

Les autres historiens genevois ' sont moins remarquables ou moins connus du grand public ; ils ont presque tous versé dans l'archéologie ou dans l'érudition pure. Je u'ai donc pas à faire pour eux autre chose qu'une nomenclature rapide, et nourrie si possible.

Edouard Mallet (^ SOS à 1856), investigateur adroit et laborieux, qui a eu le tort de demeurer par trop indifférent aux choses de style, a donné de substantiels mémoires sur la période épiscopale de l'histoire de Genève. Il avait amassé une foule de matériaux, quand il mourut prématurément, sans avoir pu les utiliser. Il était de la race de ces travailleurs opiniâtres, que la minutie n'effraie pas assez, qui veulent aller jusqu'au fond des choses et qui y restent, dépensant toute une vie à rassembler les infiniments petits de leur science au lieu de condenser l'essentiel dans une œuvre. Les Mémoires et documents de la Société d'histoire et d'archéologie de Genève renferment la plupart des études de Mallet.

^ Y oir De Montet : Mém. et docvm. de la Soc. dliist. et d'archéoï. de Genève, pass.; Bulletin de VInst. nat. genevois, pass.; les nécrologies du Journal de Genève.

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Un autre savant J.-B.-G. Galiffe (1818 à 1890), qui poursuivit les recherches entreprises par son père (v. p. 384), a mis un peu de parti pris dans son érudition. Il a collaboré aux Notices généalogiques sur les familles genecoises de J.-A. Galiffe, et les a continuées avec l'aide de quelques amis. Son Refuge italien aux JF7"" et XVir'^ siècles a prouvé que l'immigration italienne, à laquelle on n'attribuait qu'une importance bien secondaire, avait été un grand facteur du développement intellectuel et matériel de la Genève calviniste. Son recueil de correspondances entre gens de la fin du XVIÏP® et des premières années du XIX'"^ siècle, D'un siècle à l'autre (1877, 1878, 2 vol.), offre en réalité de l'inédit plutôt que de l'intéressant, bien que L. Vulliemin ait écrit à M. P. Vaucher : « Pour moi, tout m'intéresse dans ce livre. » C'est là une collection d'autographes signés de noms presque tous inconnus ; seules, de nombreuses lettres de M'"^ de Staël se détachent de ce fouillis de documents que consulteront cependant avec profit ceux qui voudront connaître par le menu les mœurs, les usages, les préoccupations des Genevois avant, pendant et après la Révolution. Ses curieuses monographies (Quelques pages d'histoire exacte) sur les procès criminels d'Ami Perrin, Mégret, Ameaux, ^on Armoriai historique genevois , et enfin son monumental et savant ouvrage : Genève historique et archéologique (1819 à 1872) assurent à Galiffe, parmi les hommes du métier, une réputation durable. Quand on lui aura reproché un peu d'entêtement et certaines idées préconçues qui prêtent à divers de ses écrits un petit air de passion — de l'archéologie passionnée ! — on ne pourra qu'admirer sa conscience et son acharnement à la besogne.

La grande clientèle médicale du docteur Jean-Jacques Chapontiière (1805 à 1860) ne l'empêcha point de rivaliser avec les Galiffe et les Mallet. Nous lui devons une quantité de notices et de publications historiques. Il avait le coup d'œil rapide, le jugement ferme, un style plus savoureux que correct, et l'amour du passé de son pays. Son étude sur Bonivard, si riche et si neuve, son édition du Journal de Balard, sont des travaux de première main, — et d'une main experte.

Mais voici l'érudit moderne et modèle... J'allais oublier qu'Henri Bordier (1817 à 1888), Genevois d'origine, a, en sa qualité de descendant de réfugiés, réclamé la nationalité française. Je ne puis que saluer d'un mot ce savant et ce lettré, qui dirigeait avec une si merveilleuse sûreté la seconde édition de la France protestante.

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