lbid., série CC
3. Lettre de F. Corme à M. de Marliave, maire d'Albi, 1782. (Voyez Archives communales, série CC, 537.)
356 l'instruction primaire ai: xvine siècle.
point de vue au moins, la Révolution ne put faire oublier l'ancien régime1.
Pendant que les enfants pauvres de la ville trouvaient dans les Frères des Ecoles chrétiennes des maîtres aussi distingués que dévoués, ceux de la bourgeoisie et de la noblesse se voyaient privés des Leurs, par suite d'un déchaînement inoui de haines jalouses contre la Société de Jésus. On ne peut comparer l'acharnement du parti philosophique contre les Jésuites qu'à l'aveuglement de la royauté, qui, dans cette circonstance, fut encore plus mal inspirée que coupable. En admettant, en effet, que les disciples de saint Ignace eussent des torts graves à se reprocher, il était souverainement imprudent de les sacrifier aux pires ennemis de la monarchie avant d'avoir trouvé un ordre religieux ou une corporation quelconque en même de les remplacer dans l'enseignement. Mais dans ce siècle de raison raisonnante, ce n'était pas toujours la raison qui inspirait la politique. La campagne avait été, d'ailleurs, si bien menée par les philosophes, que l'opinion publique qui se formait alors dans quelques salons de la capitale, semblait faire cause commune avec eux.
En 1762, une vaste enquête fut ouverte par les Parlements sur les Constitutions des Jésuites. Les divers rapports qui furent rédigés à cette occasion étaient tous dictés par un esprit d'exclusivisme évident. Quelques-uns des griefs relevés à la charge de la Compagnie sont même assez étranges. Les rapporteurs
1. Nous aimons à rappeler ici le discours prononcé par M. F. Oaches, adjoint an maire d'Albi, 4 la distribution des prix aux él< i L878). L'orateur, <ruidé par L'amour de la vérité et par une étude approfondie des documents, a rendu un éloquent hommage au zèle et à l'intelligence des Frères i - chrétiennes, comme aussi à la sollicitude que nos archevêques n'ont cessé d'accorder à l'instruction primaire et gratuite. TJ nage venu d d'être recueilli.
lui reprochent, par exemple, d'avoir une morale appuyée sur le probabilisme d'une souplesse qui en affaiblit ou en supprime tous les devoirs. Ces accusations sent pour le moins surprenantes dans la bouche de parlementaires presque tous voltairiens. Il valait mieux dire tout simplement qu'on ne voulait plus d'un corps puissant par l'organisation, le nombre et les services rendus. L'impératrice Catherine et Frédéric de Prusse1, quoique très-philosophes, s'empressèrent d'ouvrir la porte de leurs États à ces illustres proscrits, qui avaient élevé et formé presque tous les génies du grand siècle, depuis Molière jusqu'à Bossuet. 3 Les Jésuites, chassés du royaume, laissèrent un vide immense dans l'enseignement. C'était là, du reste, ce que voulaient les prétendus libéraux de l'époque. La Chalotais, si connu par le zèle qu'il déploya contre la Société de Jésus, ne craignait pas d'écrire : « N'y « a-t-il pas trop d'écrivains, trop d'académiciens, trop « de collèges? Il n'y a jamais eu tant d'étudiants.... « le peuple même veut étudier; des laboureurs, des « artisans envoient leurs enfants dans les collèges des
« petites villes, où il en coûte si peu pour vivre
« Multorum maniâtes egènt res humanœ, paucoruvn « capita sufficiunt.
« Les Frères des Écoles chrétiennes sont survenus «(après les Jésuites) pour achever de tout perdre; « ils apprennent à lire et à écrire à des enfants qui « n'eussent dû apprendre qu'à manier le rabot et la
« lime le bien de la société demande que les con-
« naissances du peuple ne s'étendent pas plus loin que « ses occupations2. » Ce qui lui attirait de Voltaire la
1. Voltaire lui-nr.me félicita Frédtric de le» avoir : s eon royaume. du siècle de Louis XV, ch. xxxvil.)