Ibid
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ques depuis sa fondation en 1623, maintenaient la distinction du collège et du grand séminaire et développaient un nouveau plan d'organisation. Le roi y disait : « Les mémoires qui nous ont été adressés par notre « cousin le cardinal de Bernis, archevêque d'Albi, au « sujet du collège de cette ville, en nous faisant con- « naître l'utilité et même la nécessité de cet établisse- « ment pour l'éducation de la jeunesse de notre dite « ville, nous ont déterminé d'autant plus aisément à le « conserver que nous avons reconnu par les titres « mêmes qui ont été mis sous nos yeux, que le roi « Louis XIV, notre très honoré seigneur et bisaïeul, « l'avait jugé digne de sa protection et l'avait honoré « de ses bienfaits ; nous suivrons avec plaisir ses exem- « pies ' »
Le collège était composé d'un principal, de deux professeurs de philosophie, d'un professur de rhétorique et de cinq régents pour la seconde, la troisième, la quatrième, la cinquième et la sixième class-
Sans faire oublier l'enseignement <l«is Jésuites, le nouvel établissement réussit au delà de toul gé-
rances. Grâces a. un corps professoral des plus distingués2, il se maintint jusqu'à la Révolution dans un état de prospérité incontestable, puisque ses revenus étaient supérieurs à ses dépenses3. L'honneur de l'avoir créé revient tout entier au cardinal de Bernis qui, dans cette circonstance, se montra digne de ses prédécesseurs et les surpassa même dans le zèle qu'il
1. Archive» tle ta Préfeetun du Thrn. (Voyez axa. Document*.*)
2. Les Archives communale» donnent les n mis des] qui étaient
ez une corn de l'abbé \
vicaire général, qui fait venir de Pana une philosophie manuscrite qu'il remet a l'abbé Nïel, <•; pour l'abbé Blanc, professeur de rhétorique, « le célèbre recueil du P. La Saute : Muta rhetoricet 81.)
:*. ESn 1790, les recel penses '";<• 12,432 franc-, soit an excédant de 14,799 francs but l< (V. Archives de la Préfecture du Tarn.)
mit à surmonter les graves difficultés qui s'opposaient â une confirmation du collège avec tous les bénéfices qui en dépendaient. La ville reconnut cet éclatant service, et M. Philippe Boyer, consul, fut chargé d'être l'interprète de la reconnaissance publique, lorsque selon l'ancien usage, la communauté alla en corps complimenter le cardinal aux fêtes de la Noël 1768 : « C'est à « votre Éminence, disait l'orateur, que cette ville, cette « contrée doivent l'instruction publique que l'autorité « du plus chéri des rois vient d'y fixer. Heureuse cette « ville, dans l'impuissance de peindre à Votre Emi- « nence, la vive reconnaissance qu'un bienfait si dis- « tingué lui inspire ; heureuse cette ville, de pouvoir « lui présenter la reconnaissance des générations fu- « turer qui béniront d'âge en âge le nom illustre, le « nom cher à tous les cœurs albigeois qui perpétuera « dans son sein la lumière, le goût des sciences et des « mœurs. »
Le cardinal de Bernis appartient trop à notre histoire littéraire, pour que nous ne lui consacrions pas une étude spéciale. En attendant, nous devons mentionner un fait peu important en apparence, mais qui mérite cependant d'arrêter, ne serait-ce que parce qu'il montre la direction des esprits au dix-huitième siècle; nous voulons parler de la création d'un second cours de philosophie au collège d'Albi. Entre toutes les matières que les Jésuites traitaient de préférence et avec le plus de succès, il faut distinguer la philosophie dont l'étude semblait, d'ailleurs, convenir tout particulièrement aux goûts, aux inclinations de la société d'alors. Les moralistes, les penseurs du grand siècle, Descartes, Pascal, Mallebranche, Bossuet, Fénelon, La Bruyère, pour ne citer que les plus illustres, avaient prouvé qu'aucune langue moderne ne se prêtait comme la nôtre à la diffusion des idées philosophiques. Ce fut donc autant pour répondre au désir général que pour
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favoriser une étude toujours florissante dans notre ville que le conseil politique dans la séance du 25 mars \1'2 ) v.iîa l'institution d'un second cours de philosophie au collège. A cet effet, le diocèse s'imposa de 250 livres et la ville d'Albi de cinquante; ces diverses mesures furent approuvées par arrêt du conseil, le 5 avril 1721, et dès ce moment les Jésuites ouvrirent ce cours qui fut continué jusqu'à la Révolution.
Un autre fait que nous ne pouvons passer sous silence, c'est la demande adressée en 1751 aux consuls albigeois par les chirurgiens de la ville pour obtenir un local où ils pourraient faire la démonstration du corps humain. Dans la séance du 5 mars 1751, M. Vitalis, consul, exposait au conseil politique « qu'il « avait été prié parla communauté de MM. les cliirur- « giens de cette ville de proposer au conseil de vou- « loir bien lui accorder un local où dorénavant elle « puisse faire la démonstration du corps humain. Et « comme on ne saurait jamais assez favoriser l'êta- « bli • pareilles écoles, 1 - 1 i r Me Vitalis s'em-
« presse de faire cette proposition, avec d'autant plus « déplaisir que l'émulation qu'il y a dans ce corps et « jusque dans les aspirants à cet art à être util* s au « public en acquérant une connaissance parfaite du « corps humain, lui donne lieu de croire que a « connaissance ne saurait être que très avantageuse « au public, et que par là, telle maladie qu'on
« dait comme incurable sera la plus aisée à guérir
« Sur quoi l'Assemblée a unanimement délibéré qu'elle « assigne à ladite communauté des chirurgiens 1'- lo- « gement de Delmas, boucher, attenant la porte de la « Travaille qu'elle sera tenue d'entretenir et répar< « ses frais et dépens ; lequel emplacement la ville lui a « assigné pendant tout le temps qu'elle se rendra utile « au public, et s'y fera assidûment la démonstration « proposée, conformément aux règlements, se réser-
« vaut néanmoins qu'il sera loisible à la ville de re- « prendre ledit local dans le cas où la ville en aurait « besoin pour Futilité publique1. »
Nous ne savons combien de temps durèrent ces cours de démonstration, mais nous devons signaler cette innovation comme une des plus hardies qui aient été tentées dans une ville de province, et comme un symptôme curieux des efforts auxquels allaient se livrer des savants illustres pour arracher la médecine aux mains des empiriques.
Du reste, le temps était aux essais; on pouvait déjà pressentir, à certains signes évidents, qu'une ère nonseulement sociale, mais encore scientifique, se préparait. Le vieux monde s'en allait tout entier par. lambeaux; les institutions, les lois, les mœurs, les lettres, la langue, la royauté, la religion, tout, en un mot, avait subi ou allait subir l'examen des philosophes ou des économistes. La science ne pouvait rester en arrière ; elle eut ses critiques, ses admirateurs, ses défenseurs passionnés; la méthode expérimentale, plus que jamais préconisée, allait livrer un suprême combat à la routine et inaugurer à la veille même de la Révolution cette série de découvertes qui ont fait la gloire et la prospérité de notre siècle.