‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 106 sur 122 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LES ÉCRIVAINS ALBIGEOIS DU XVIIIe SIÈCLE.

La société albigeoise au dix-huitième siècle. Lïnfluence d'Antoinette de Salies toujours dominante. — Le P. de Caussade et l'Abandon à la Providence divine. — Le cardinal de Bernis. Sa vie et ses écrits. — La Religion vengée. — L'abbé de Lévizac; le Tableau des Révolutions. — Galaup de Lapérouse. — Rochegude : le Parnasse occitanien, Essai de Glossaire. — Blainville, maître de chapelle, et son ouvrage sur Sainte- Cécile. — Jean-Louis Gorsse et la Sajjho. — Le vicomte de Panât, l'abbé Boyer d'Anti, etc.

Ceux qui n'ont pas absolument perdu de vue le tableau que nous avons esquissé plus bas de la société albigeoise au dix-septième siècle, comprendront facilement que de tels mouvements ne se produisent pas sans laisser après eux des traces durables. Antoinette de Salies était morte en 1730, après avoir pendant plus de cinquante ans, gouverné sans conteste sur l'opinion publique de sa ville natale, opéré une véritable révolution dans les mœurs, organisé une société aimable, polie, à laquelle il fallait désormais comme un aliment indispensable les plaisirs de l'esprit et de la conversation. Sans doute, la Sapho albigeoise ne fut pas remplacée, aucune femme n'ayant au même degré qu'elle les facultés et les charmes qui attirent, fascinent et font d'une cohue de personnages bourrus, rebelles aux sentiments délicats, une compagnie d'élite, une chevalerie intellectuelle, la chevalerie de la Bonne- Foi. Mais ce bel ouvrage une fois achevé, la main qui l'avait élevé à la gloire et à l'honneur du pays natal

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put se refroidir; l'ouvrage resta debout. C'est ce qui explique pourquoi nos assemblées communales du dixhuitième siècle répondent avec tant d'empressement à

toutes les propositions ayant pour but d'améliorer l'instruction ; les bourgeois et les nobles qui les composent ont fait les classes que l'on sait au collège des Jésuites ; ils ont ensuite débuté dans le inonde par le salon d'Antoinette de Salies. Comment pourraient-ils ne pas apprécier l'instruction, quand ils en éprouvent tous les jours les avantages et les bienfaits? Aussi, de doit-on pas s'étonner outre mesure de voir réalis dans notre ville des réformes et des améliorations que la plupart des villes de France attendaient encore après la Révolution. L'instruction a ouvert ici de larges horizons; les progrès sont venus en leur temps comme la conséquence naturelle du développement intellectuel et moral de la cité. Bientôt on démolira les vieilles fortifications , on comblera les fossés , on construira des quais, on étudiera un plan général de la ville, et, chose singulière î ce sont les archevêques qui se mettent à la tète de cette croisade contre tout ce qui vermoulu, suranné, incommode, inutile, dangereux, contre tout ce qui n'est pas l'air, la lumière, le progrès et la science ' !

Telle était la société albigeoise au dix-huitième siècle ; on peut la caractériser d'un mot : elle était faite à l'image de celle que Mmu de Salies avait formée, élevée, policée, depuis les premières années du règne de Louis XIV jusqu'en 1730. Il ne reste plus qu'à étudier quelques-unes des personnalités littéraires qui l'ont honorée.

Nous commencerons par le P. de Caussade. qui vint professer au collège d'Albi à diverses reprises, ei plus

l. On sait les grands travaux qui furent entrepris boua l'épiocopal de e Choiseul,

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particulièrement en 1732 et 1733,, puis en 1738 et enfin en 1742. De Tous les Jésuites qui onl été appelés dans notre ville pour donner l'enseignement, il est le troisième dont nous connaissions les œuvres. L'expulsion de la Compagnie en 1762, et les pillages de la Révolution ne sont pas étrangers à la perte des catalogues nominatifs qui contenaient sur chaque religieux des indications sommaires, rappelant ses services, ses aptitudes et ses travaux. Cette perte est regrettable, car elle nous prive d'un grand nombre de documents du plus haut intérêt. Heureusement pour nous, le principal ouvrage du P. de Caussade, a été réédité récem^ ment1, ce qui nous a permis de le parcourir et d'en indiquer sommairement l'esprit. A vrai dire, nous serions assez embarrassé d'en donner une analyse. Ce n'est pas que le traité de Y Abandon à la Providence divine, ne soit remarquable par le fond, comme par la forme ; le succès qu'il obtient encore dans certains milieux, le nom justement estimé, du savant jésuite qui l'a réédité pour la sixième fois, témoignent suffisamment de sa valeur. Mais si les qualités littéraires de ce traité ne nous sont pas indifférentes, son mysticisme qui plane dans les nues nous échappe et nous devons nous résigner prudemment à ne pas le suivre en ces élévations vertigineuses. Les ouvrages du P. de Caussade faisaient alors comme aujourd'hui, les délices de ces âmes pures, austères, qui puisent aux sources de la foi les consolations à toutes les épreuves de la vie et les motifs d'une éternelle espérance. Le traité de Y Abandon à la Providence divine a toute l'onction, toute la sérénité désirables en un pareil sujet; nous y avons lu plusieurs pages qui nous ont fait regretter de n'avoir pas l'autorité nécessaire pour les signaler à

1. L' Abandon à ht Providence divine. Sixième édition, revue et corrigée, par le P. H. Ramière, de la Compagnie de Jésus. (Paris, Lecofïre, 1870.)

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