LES ÉCRIVAINS ALBIFEOIS DU XVIII* SIECLE
ceux-là même qui sont bien placés pour en apprécier la beauté. Nous devons cependant, en chroniqueur fidèle, reproduire ici le passage suivant, relatif à un établissement religieux de notre ville :
« J'ai fait ici une trouvaille, qui me satisfait plus que tous les agréments imaginables. Il y a dans cette ville d'Alby, un monastère de Clarisses de la grande réforme, totalement séparées du monde, gui ne prennent point de dot et vivent d'aumônes journalières. La supérieure est une des plus saintes personnes que j'aie connues en ma vie. J'ai senti d'abord un grand attrait intérieur pour entrer en sainte société avec elles. Je crois que Dieu me prépare quelques grandes grâces par leur saintes prières. Elle sont très intérieures et pratiquent l'abandon à Dieu avec une perfection admirable. Comme je leur disais que, dans toutes les occasions favorables, je m'emploierais à leur procurer des charités, elles m'en parurent presque scandalisées, et me prièrent seulement de penser à les rendre plus intérieu plus détachées et plus saintes, par mes instructions et mes prières. On ne saurait rien imaginer do plus admirable que leur union, leur candeur et leur simplicité. Frappé de leurs grandes austérités, je leur demandais un jour si cette vie si dure n'altérait pas beaucoup leur santé et n'abrégeait pas leurs jours : elles me répondirent qu'il n'y avait presque jamais de malades parmi elles, qu'il en mourait très pou déjeunes, et que la plupart d'entre elles dépassaient de quatre-vingts ans. Elles ajoutèrent que L'austérité et les jeûnes contribuent à fortifier la santé et à prolonge]- la vie que la bonne chère abrège. Jamais je n'ai vu plus do gaieté et de sainte joie que chez ces saintes filles. Mais si i)\\ veut les contenter, il ne faut leur parler que dos choses <1" Dieu; car pour les choses indifférentes et l<is non-
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« velles du monde, elles ne peuvent les supporter, « disant : Que nous fait tout cela, et à quoi cela nous « sert-il? Je m'assure que vous serez édifiée et bien « aise pour moi de cette heureuse trouvaille; car, bien « que j'aie souvent demeuré ici, je ne savais que le « nom de cette communauté, et je regardais toutes ces « saintes filles, commes des personnes mortes à tout, « enterrées, et tout â fait invisibles. Quelle grâce et « quelle consolation pour moi ! Je puis ajouter : quelle « instruction pour ma sanctification ! C'est bien ici qu'il « faut louer et bénir Dieu de ses merveilles dans les « âmes ' . »
« Un peu plus loin, on lit : « Me voici de nouveau â « Alby, dans un climat très-doux, avec des gens socia- « blés, et auxquels je ne trouve d'autres défauts que « d'être trop affables pour moi qui aime toujours la « solitude. Les invitations fréquentes que je reçois se— « ront pour moi une vraie croix ; et Dieu sans doute « m'en enverra bien d'autres, pour tempérer le plaisir « de nie revoir pour la quatrième fois dans un pays « que j'ai toujours fort aimé 2. »
Du P. de Caussade au cardinal de Bernis, la chute est si sensible, que nous ne prenons pas la peine de la dissimuler par une transition. Autant le premier aime la solitude, le silence, la contemplation, autant le second recherche l'éclat, le bruit et la renommée. Rien de mystique dans ce jeune Joachim de Bernis, qui arrive à la cour avec l'ardent désir de se faire une carrière et d'arriver aux honneurs. Le titre de chanoine de Lyon qu'il obtint encore fort jeune et sans peine, puisqu'il suffisait pour cela d'être de race noble et de se destiner à l'état ecclésiastique, ne le satisfaisant qu'à demi, il se rendit à Paris où sa figure heureuse,