V points du jour, le poème des Quatn
Épitret,
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ignorance, qu'il importe de signaler autant pour venger la mémoire du cardinal que pour s'incliner devant la vérité.
Tous ceux qui ont voulu faire un procès à la mémoire du spirituel académicien ont feuilleté avec ostentation quelques poésies où s'affiche avec une certaine désinvolture le genre d'Horace et d'Anacréon. Il leur a plu de s'arrêter à ce caractère et de relever avec une sévérité pudibonde ce qu'ils sont tentés d'appeler les licences d'un esprit perverti. D'abord, grâce à Dieu, Bernis n'a nullement besoin de tels pardons, car il n'est rien dans ses œuvres qui dépasse les bornes saines et honnêtes. Ce qui est vrai, c'est que dans sa jeunesse , n'étant encore que simple cadet de grande famille et cherchant sa voie dans le monde, le futur archevêque d'Albi sacrifia à la muse dans le goût de l'époque. Mais n'en déplaise aux historiens de la libre pensée, qui s'apitoient hypocritement sur cette muse mondaine cachée sous la robe d'un cardinal, la main qui a écrit ces poésies n'était pas consacrée.
Il y a, en effet, deux phases bien distinctes dans la vie de Bernis : la première, celle de sa présentation à la cour, de ses succès dans les salons ; la seconde, celle de son entrée dans les ordres. Les poésies légères datent de la première époque, les poésies religieuses de la seconde. Voilà bien, ce nous semble, une réponse péremptoire à ceux qui s'apprêtaient déjà à nous offrir un cardinal de convention, un cardinal de fantaisie, bénissant d'une main le peuple prosterné, écrivant <!«■ l'autre avec cette souplesse qui prouve l'habitude, un madrigal si bien tourné, qu'il fait le tour des salons de Paris et finit par se trouver dans l'éventail de quelque grande dame. D'autant que Bernis a lui-même pris soin de réfuter ceux qui seraient tentés d'ajouter quelque crédit à ces fantaisies. Nous savons, en effet, par tous ses historiographes, qu'il tenait en petite estime
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Les pièces fugitives de la première inspiration. « Ces « traits hâtifs de la jeunesse, dit l'un d'eux, ne furent « point l'objet de sa complaisance dans un âge plus « avancé. Il n'aimait pas qu'on en parlât devant lui ; et « un jour, afin de montrer combien il les désapprou- « vait, il en jeta au feu une superbe édition, en pré- « sence d'une nombreuse compagnie '. »
On conçoit que la différence, entre ces deux phases de la vie du cardinal, est trop grande pour qu'elle n'arrête pas tout d'abord l'historien impartial. Il certain que Bernis, entrant dans les ordres à l'âge de quarante ans, avait déjà rompu avec les traditions Littéraires de sa jeunesse, et que le prêtre seul restait en lui; poète encore, puisqu'il se trouvait toujours sous V influence secrète dont parle Boileau, mais poète religieux dans toute la force du ternie. Nous en trouvons la preuve dans une de ses œuvres capitales et aussi la plus aimée : la Religion vengée, où l'auteur s'exalte h soutenir et défendre les pures et vivifiantes théories du spiritualisme contre les attaques répêt des prétendus philosophes de tous les siècles.
Nous avons dit qu'il outra dans les ordres à L'âge de quarante ans; il est bon d'ajouter qu'il y fut décidé par le pape Clément VIII, qui lui envoya un brefexhortatoire pour l'y déterminer. Dès ce moment la défense de la Religion devint l'objet de ses préoccupations.
Il est inutile de dire pourquoi. Voltaire régnait. Le doute avait envahi toutes les âmes et le froid de La mort les gagnait. Dans ce moment critique, il appar-
1. Voyea édition dea Œuvres complète» du cardinal de Bemu (Paria, 1798, che« Lottin). Ces lignée étaient compost
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tenait aux hommes de cœur et de talent de pousser le cri d'alarme : Bernis ne faillit pas à son devoir de prêtre et d'écrivain. Or, lutter contre Voltaire et la coterie philosophique d'alors, indiquer le danger des doctrines à la mode, signaler les erreurs de certains systèmes portés aux nues, c'était avoir mieux que de l'audace : c'était faire preuve de clairvoyance et de jugement, à un moment où tout le monde était aveuglé, où la monarchie elle-même allait à la Révolution avec une insouciance qui tenait de la folie. Voltaire était véritablement roi et seul roi. On lui faisait des ovations jusqu'au sein de cette Académie française où avaient siégé Bossuet, Fénelon, Massillon et tous les chrétiens de génie du dix-septième siècle. Bernis avaitil été témoin de ces saturnales ? Nous ne saurions le dire; mais sonpoëme, la Religion vengée qu'il composait dans ses moments de loisir, fait croire qu'il avait lu dans l'intention des philosophes et qu'il appréhendait de prochains désastres. Un simple coup-d'œil jeté sur ce poëme nous confirme dans cette appréciation. Signalant l'orgueil comme la cause première de tous nos maux, l'auteur le suit pas à pas à travers tous les systèmes, toutes les théories, toutes les hérésies : il le montre perdant le monde et s'imposant à tous. D'un autre côté, il insiste sur l'abandon et l'isolement de la vérité qui fait tristement son chemin sur la terre comme une orpheline. C'est pourtant la Reine du ciel, et Bernis l'acclame :
Du L'esprit de Dieu même, immortelle clarté. Je t'invoque aujourd'hui puissante Vérité1.
Il prouve ensuite que tous les systèmes contre la foi pèchent par la base. Il s'en tient à la révélation comme