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La Religion vettffét . chant Ier

378 LES ÉCRIVAINS ALBIGEOIS DU XVIIIe SIÈCLE.

à la véritable source de Lumière, et le premier mot de

son Credo poétique ne manque pas d'une certaine grandeur :

Avant le temps, le monde et le jour qui l'éclairé, Dieu régnait eu lui-même, unique et solitaire; Nourri des pur- ri ; divinité,

Planant sur l'océan de son immensité, etc.*.

Nous n'avons pas la prétention de faire ici l'analyse de la Religion vengée. Nous ne voulons voir et retenir, pour Le moment, que le caractère profondément religieux et philosophique de cette œuvre, et tirer ci conclusion forcée, c'est que Demis avait bien pu pendant sa jeunesse s'aveugler sur certains hommes et sur certaines théories, mais qu'il avait enfin ouvert les yeux à la Lumière et soudé L'abîme où allaient s'engloutir

les grandeurs et Les gloires de l'ancien régime.

maintenant, que devint L'œuvre favorite de l'ar- "•'••jiie d'Albi? quel fut le sort de ce poème écrit contre les ennemis de Dieu et de la France? Hélas î la Révolution avait marché plus vite que la plume du poète. Sans doute, la Religion vengée n'aurait pas c injure l'orage; mais, l'orage une fois déchaîné, c'était peine perdue, et Demis garda son manuscrit cornui»' un témoignage authentique de sa fui ardente, de sa j ■ prévoyance, à une époque où la folie hantait ;

r veaux.

Le chevalier d'Azara , ministre d'Espagne à Rome, fit imprimer ce manuscrit pour remplir les demie ntions du Cardinal, dont il était L'ami intin Mais l'esprit français avail déjà changé de direction* On sortait !i pei cette affreuse tempête qui avail

failli tout ingioutir, el Le remords des uns. L'espérance

î. La •!'. î r.

inné.

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des autres réclamait, attendait mieux qu'une œuvre philosophique. On éprouvait le besoin de croire quand même, et ceux-là mêmes qui avaient adoré la Raison, ne se sentant rien dans le cœur, ne demandaient qu'à revenir au Dieu de la révélation. Aussi le livre de Bernis n'eut-il qu'un succès d'estime.

D'ailleurs, par une permission providentielle, la religion allait être vengée d'une façon plus éclatante et plus inespérée. Quelques années après la publication du poëme du Cardinal, un jeune émigré français à l'œil profond, au front rêveur, reçut un jour, sur la terre étrangère, la nouvelle de la mort de sa sainte mère. Il lut et relut les derniers vœux, les suprêmes prières de la mourante : c'était une admonestation pleine de tendresse et d'éloquence envoyée à l'enfant prodigue qui oubliait la foi de ses aïeux. Chateaubriand (car c'était lui) sentit en ce moment la grâce pénétrer en son âme ; les dernières recommandations de sa mère résonnaient à son oreille comme une délicieuse harmonie qui élevait insensiblement son âme jusqu'au Dieu de son enfance. Il pleura et crut, et cette nouvelle foi, consacrée par les larmes et la prière, enfanta le Génie du Christianisme .

A partir de ce jour la religion était réellement vengée.

Chateaubriand, émigré, nous amène naturellement h parler d'un compatriote qui, à cette époque et pour les mêmes motifs que lui, vivait à Londres, dans l'attente des événements qui allaient se passer en France. L'abbé Jean-Pons- Victor Lecoutz de Lévizac, était né à Albi, le 4 janvier 1745. Après avoir terminé ses études au collège des Jésuites de notre ville, il fut nommé, fort jeune encore, chanoine à Vabres, puis à Saint-Omer, où il résida jusque à la Révolution, partageant son temps entre l'étude et les devoirs peu encombrants, du reste, de sa charge. On trouve dans le

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recueil de l' Académie des Jeux-Floraux de 1770, un de ses premiers essais poétiques; c'est une idylle intitulée le Bienfait rendu, qui remporta le prix. Elle a bien un peu perdu de sa fraîcheur depuis lors, mais elle accuse trop le genre de l'époque pour que nous n'en citions pas ici un fragment :

Sur cea borde où la Lintz voit l'heureuse Helvétie Encour mœurs et l'industrie,

D'un hiver rigoureux l'horreur et l'apreté

nblaient les frimas sous un ciel sans clarté. Dorilae attendri contemplait ses ravagi Qu'ils sont affreux, dit-il, ces jours ou les nuages Non- dérobent l'éclat et les feux du soleil ? Quand pourrai-je jouir d'un horizon vermeil .; Quand est-ce que du jour l'aimable avant-courrière Sous on ciel azuré commençant sa carrière

se airs embaumés du doux parfum des Heurs Fixera leszéphirs et répandra -<- pleurs! Va toi. globe brillant, soleil, âme du monde, En trésors variés source a jamais Quand est-ce que tes feux lancés du haut i\ù> air-. Dissoudront le- Frimas qui couyrent l'univi El pénétranl le Beiu de la terre amollie. Porteront dans nos champs L'élément de la vie? etc.

Comme on le voit, c'est le genre imité de Gessner et que Florian, Delille et Ducis avaient mis à la mode. Par une étrange bizarrerie du sort, jamais on n'a tant parlé de bergeries, de pasteurs, d'agneaux, de mœurs simples et patriarcales, qu'à la veille des saturnales et des boucheries de la Révolution. L'abbé de Lévizac suivait donc, en cela, le courant général; il était loin, d'ailleurs, de prévoir qu'une révolution littéraire allait succéder à L'autre, qui balayerait tour ce fatras de bucoliques, d'élégies «'t d'idylles classiques, qui faisaient les délice des cœurs sensibles de l'ancien régime*. L'aurait-il prévue, qu'il n'aurait pas plus ■ •.•i]>itulé devant le romantisme, qu'il ne capitula devant les théories révolutionnnaires. Lnrs<iu'<>n lui demanda de

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prêter serment à la Constitution du clergé, il émigra avec la plupart de ses collègues du chapitre de'Saint- Omer, et gagna la Hollande, puis l'Angleterre.

C'est dans ce dernier pays surtout qu'il est intéressant de le suivre. Sans argent, sans position, manquant de tout, il partagea avec ses compatriotes ces misères et ces angoisses des premiers jours de l'émigration que Chateaubriand a si vigoureusement décrites dans les Mémoires d'Outre-Tombe. Cependant, il faut croire qu'il fît comme ces Gascons légendaires de l'émigration qui eurent la bonne idée de rester ce qu'ils étaient, c'est-à-dire des gens d'esprit et de ressources, car nous le voyons bientôt admis dans la meilleure société de Londres, dans ces salons célèbres où la duchesse de Northumberland, lady Raclnor, lady Spencer, lady Jermingham, exerçaient l'irrésistible ascendant de l'esprit et de la beauté. Ce fut dans ce milieu élégant et noble qu'il rencontra des Français de distinction, littérateurs pour la plupart, avec lesquels il se lia d'amitié : Msr deBoisgelin, archevêque d'Aix, membre de l'Académie française, Delille, Ducis, l'abbé de Tressan, etc.

Grâce à ses relations avec l'aristocratie anglaise et avec les membres les plus considérés de l'émigration, l'abbé de Lévizac ne tarda pas à être choisi dans les grandes familles anglaises comme professeur de français. Il s'appliqua alors à faire connaître nos écrivains et nos poètes; c'est ainsi qu'il donna à Londres plusieurs éditions des œuvres de Boileau, de Racine, de La Fontaine, de Mme de Sévigné. Il publia également, sous le titre de Bibliothèque portative, un choix des meilleurs morceaux de nos poètes avec la traduction anglaise en regard1. Quelquefois même, pour

1. Voir du même auteur, Cours de littérature, d'histoire et de philotophie, réimprimé à Paris en 1814.

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