Saplio. (Paris 1805, 2 vol. in-8° avec portrait
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fondées. Il veut la réhabiliter, la venger, la faire connaître sous son véritable jour : « Comme amante, « comme poëte, dit— il, Sapho commande l'admiration; « et, cependant, quelques hommes jaloux de tant « d'honneurs qu'ils ne pouvaient lui enlever, l'ont « attaquée dans ses moeurs, de la manière la plus ou- « trageante. » Voilà la thèse. « Quant à la versification « de ce poëme, ajoute-t-il, les élégies qui le composent « peuvent être écrites, non-seulement, en vers alexan- « drins, comme dans l'épopée ou dans le drame, mais « encore en vers communs ; elles admettent aussi les « stances et les rimes plates ou croisées; cela est con- « forme aux préceptes que donne La Fresnaie dans « son Art poétique, ainsi qu'aux exemples que four- « nissent nos meilleurs poètes élégiaques , tels que « Parny, Bertin, etc. »
Comme on le voit, Gorsse est un irrégulier en littérature, un enthousiaste, un enfant perdu qui trouve tous les chemins bons pour arriver au but et qui pour être plus à l'aise invoque jusqu'à Y Art poétique de La Fresnaie. Ecoutez plutôt le début de son poëme :
Sur les tons inégaux qu'aux peuples d'Italie Fit entendre Tibulle en l'honneur de Délie, Je veux chanter Sapho, je veux dans mes accords Célébrer de son cœur les amoureux transports. Muses dévoilez-moi les secrets de sa flamme ; Dites-moi les plaisirs dont s'enivrait son âme, Alors que le plus beau, le plus cher des mortels Pour elle de Vénus encensait les autels. Peignez-moi ces tourments, ô nymphes du Permesse. Quand Phaon, cet ingrat qu'implorait sa tendresse Ne brûlant plus des feux qu'il avait allumés Lui laissa de l'amour les traits envenimés
Gorsse commit sans sourciller près de dix mille vers sur ce ton et dans ce goût. Il eut vraiment tort de se donner tant de peine. Sans doute, Sapho est l'œuvre d'un homme convaincu, enthousiaste, qui trouve par-
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fois des accents poétiques, mais elle est surtout l'œuvre d'un savant, d'un érudit. Gorsse professait un trop souverain mépris pour la prosodie pour être jamais poète. Que n'écrivait-il plutôt en prose ! Avec le prodigieux bagage d'érudition dont il fait montre dans les notes, il eût fait un ouvrage estimable, tandis qu'il n'a fait qu'un poëme ennuyeux et fade dans le goût du premier Empire, ou, ce qui est pire, dans le goût des merveilleux du Directoire. Il faut croire qu'il ne tarda pas à être lui-même de cet avis, car il abandonna bientôt la muse pour se consacrer uniquement aux finances. Nommé inspecteur du cadastre, il parcourut la France, la Hollande et l'Italie alors provinces de l'Empire, et rendit d'importants services. Il mourut le 21 décembre 1814 '.
Mentionnons encore pour mémoire quelques autres écrivains qui jouissent d'une réputation littéraire locale méritée : Le vicomte de Panât, capitaine des dragons d'Artois, mainteneur de l'Académie des Jeux- Floraux, qui composa une tragédie, une comédie et des poésies fugitives, et mourut en émigration sans avoir eu le temps ou peut-être l'envie de les faire imprimer ; l'abbé Boyer d'Anti, auteur d'une grammaire espagnole et d'un traité sur Y Administration temporelle des diocèses. L'abbé Larroque, né à Pampelonne en 1755, professeur de théologie à l'Université de Toulouse, qui a laissé divers ouvrages de théologie encore estimés. Cailleau, né à Gaillac, en 1765, qui après avoir, comme le précédent, suivi les cours du collège d'Albi, se fit un nom distingué dans les lettres et la science et mourut directeur de l'École de médecine de Bordeaux; Massol qui, le premier, songea à écrire l'histoire de notre département
1. La Statl<t\<pir générale de la France contient plaideurs Mémoires très remarquables de Gorsse sur les mines de chaque département.
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Tous ces savants ou littérateurs ont eu une carrière plus ou moins brillante, mais tous ont rendu des services et méritent d'être signalés.
D'ailleurs, ainsi que nous le disions au début de cet ouvrage, nous ne nous sommes jamais illusionné sur la valeur littéraire ou scientifique des personnages dont nous nous proposions de faire revivre le souvenir. Si, parmi eux, il n'en est point qui aient atteint les sommités du génie, tous sans exception, ont fait honneur à la cité natale qui, à défaut de l'immortalité décernée aux hommes illustres, peut leur offrir un refuge assuré contre l'oubli, en inscrivant leurs noms sur son livre d'or à la suite des exploits glorieux accomplis par nos aïeux.
Ceux qui ont suivi attentivement les développements de l'instruction dans notre cité ont déjà ratifié les conclusions que nous posions dans Y Introduction de cet ouvrage, à savoir qu'il n'est point conforme à la vérité historique de dire que l'instruction n'existait pas avant 1789. En supposant, en effet, que notre démonstration ait été faible sur plusieurs points, les documents que nous avons produits ne peuvent rien perdre de leur importance et de leur valeur. Ils parlent pour nous et suppléent à notre insuffisance. Le règlement scolaire du quatorzième siècle et celui de 1543, les programmes des Jésuites, les résultats obtenus, ont une signification que personne ne peut amoindrir ; ils concourent à établir d'une manière solide, indiscutable, que l'instruction secondaire dans notre pays a été toujours florissante, au moins à partir de 1360, et que depuis cette époque jusqu'à la Révolution, malgré la rigueur des temps et les secousses occasionnées par les guerres civiles ou religieuses, elle a trouvé, soit dans le corps consulaire, soit dans nos évêques, d'intrépides champions et d'illustres protecteurs.
C'est ainsi qu'après de longues et minutieuses recherches nous avons pu arriver à faire un tableau à peu près complet de l'enseignement et de l'instruction
clans une petite ville de province avant 1789. Nous voilà enfin édifié sur la valeur du préjugé qui tend à transformer nos pères en esclaves, courbant tristement la tête sous le joug de la servitude, abrutis par le despotisme, privés des lumières de la science, condamnés par des lois iniques à ignorer les jouissances infinies de l'esprit.
Ce n'est pas à dire que le passé, même à ce point de vue, nous inspire d'excessives tendresses. La Révolution française a été le point de départ de magnifiques découvertes scientifiques dont l'instruction a été la première à bénéficier. Il serait puéril de le contester. Mais il n'y a là rien qui puisse étonner ceux qui connaissent la loi providentielle du progrès, et qui savent que les réformes viennent à leur heure et à leur temps. C'est une étrange prétention que d'exiger du moyen âge ce que l'humanité n'a obtenu depuis qu'à la suit*' d'un continuel labeur et d'une application soutenue, en s'aidant des expériences et des leçons de plusieurs siècles. Que ceux qui en doutent, se mettent à l'œuvre et nous prouvent, s'ils le peuvent, que les réformes se font en un jour. Jusque-là nous garderons un profond sentiment de reconnaissance pour le passé, qui a axompli lentement mais sûrement ses évolutions v la conquête de la liberté et de la civilisation, et nous a assuré la somme des biens dont nous jouissons aujourd'hui.
Il suffit d'un peu d'intelligence et de bonne foi pour se rendre à ces raisonnements. Malheureusement, Le nombre, qui est sourd ei "aveugle, ne veut pas ou ne peut pas les comprendre; il persiste à répéter, aux grands applaudissements de ceux qui vivent de ses erreurs ou de sos faiblesses, que tout bien procède de la Révolution et que l'instruction, en particulier, n'existait pas avant cette époque.
C'est à réfuter ce préjugé que nous avons consacré
nos loisirs et nos veilles. Sans doute, Albi, comme ville consulaire et épiscopale, a été privilégiée, mais elle n'est pas une exception; toutes les villes de France de même importance se trouvaient à peu près dans de semblables conditions. Or, que voyons-nous à Albi dès le quatorzième siècle? Une ville contenant à peine quatre mille habitants en possession de deux écoles : Tune cléricale, dont la fondation paraît remonter aux premiers siècles de notre ère ; l'autre communale, où sont enseignées, sauf les sciences, toutes les matières de l'enseignement secondaire actuel. Au seizième siècle, les consuls rédigent ce mémorable règlement de 1543, où sont détaillées avec un tact et une sagesse admirables toutes les règles de la pédagogie. Au siècle suivant, ce sont les Jésuites qui viennent diriger le collège, et l'on ne peut pas contester que les nouveaux maîtres n'aient toutes les aptitudes voulues pour enseigner. On n'a pas oublié le rapport du conseiller de Froidour, constatant le nombre vraiment extraordinaire d'écoliers qui suivent les cours du collège; on n'a pas oublié non plus l'état de l'instruction à cette même époque dans les diocèses qui composent aujourd'hui le département du Tarn. On compte 349 écoliers au collège d'Albi1, 120 à celui de Castres, 190 à celui de Lavaur, et dans ce nombre ne sont pas compris les écoliers des collèges de Cordes, Gaillac, Rabastens et Puylaurens, ce dernier affecté aux enfants de la religion réformée. Quant à l'enseignement primaire tel' qu'on le comprend aujourd'hui, c'est-à-dire essentiellement gratuit, il a presque toujours été donné dans notre ville. C'est ainsi que dans le règlement scolaire du quatorzième siècle, il est question de petits enfants exemptés de tout paiement par suite d'une convention particulière entre
1. Voyez chapitre ix, p. 227,1e rapport du conseiller de Froidour.
la communauté et les régents1. Lorsque l'enseignement primaire n'est pas gratuit, de simples particuliers le donnent quelquefois à leurs frais, comme l'abbé Bouzinac2. En 1702, M?r Le Goux de la Berclière fonde des écoles publiques qui fonctionnent jusqu'au jour où les Frères des Écoles chrétiennes sont appelés à Albi par Msr de la Rochefoucauld. En même temps, des écoles primaires étaient établies dans un grand nombre de petites villes secondaires et de villages, comme le prouvent les sommes allouées par les États du diocèse. A la veille de la Révolution, Gaillac et Rabastens avaient trois régents et deux régentes, Réalmont deux régents et une régente, Lisle trois régents, Cordes deux régents, Monestiés etMontmiral un régent et une régente. Puis venaient les paroisses qui n'avaient qu'un régent, comme Cahuzac, Giroussens, Lescure, Pampelonne, Puycelsi, Valence, Villefranche, Cestayrols, Penne, Saint-Juery, Arthès, Castelnau-de-Lévis, Labastide- Montfort, etc. 3.
Comme on le voit, le mouvement qui poussait vers l'enseignement primaire tendait à se généraliser avant la Révolution, et tout nous fait croire qu'il se serait accompli sans elle. Ce qui achève de nous donner cette conviction, c'est que la période révolutionnaire fut désastreuse pour l'enseignement des classes populaires; à Albi, par exemple, les Frères des Écoles chrétiennes ne furent rappelés qu'en 1817, et non sans besoin; au dire de plusieurs personnes bien renseignées et dont le témoignage se trouve, d'ailleurs, corroboré par les documents officiels et par la raie à l'encre noire du baron Dupin, peu de générations ont été aussi ignorantes que celle de 1789.
Ainsi tombent les préjugés devant les recherches