‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 16 sur 122 · Monographie de la cathédrale eTAlH, par M. ta ne · texte numérisé non relu

Monographie de la cathédrale eTAlH, par M. ta ne

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digne d'intérêt et d'admiration.

de la théorie on passera à la pratique, au lieu de bâtir une cathédrale aérienne, symbole de joie, de confiance, et d'épuiser en un tel sujet, comme on l'a fait dans le Nord, toutes les hardiesses, toutes les fantaisies, tous les caprices du style gothique, on construira un monument sombre et sévère, où le caractère militaire le disputera au religieux, et duquel on dira peut-être qu'il est un gage de foi, mais non pas un gage d'amour.

D'ailleurs, qu'on le remarque bien, l'Église le veut ainsi : faire grand et solide, tel est son but. On dirait qu'elle n'est pas encore très-sûre de sa victoire et qu'elle appréhende quelque nouvelle tentative. Aussi, tout en laissant à ses successeurs la liberté de faire de ce monument un véritable paradis, Bernard de Castanet ne veut-il point sortir du rôle que lui imposent les événements. Le temps n'est pas venu où le pasteur pourra se reposer du soin du troupeau et s'endormir dans la paix. Jamais, même dans ses rêves, Bernard de Castanet n'a osé faire de Sainte-Cécile autre chose que « V affirmation de la puissance, le symbole de la force, et s'il est vrai que l'art trahit toujours les préoccupations d'une époque, on ne saurait se méprendre sur la nature de celles qui présidèrent à la construction de notre cathédrale.

Voilà pour la première période. Mais il y en eut d'autres encore, car de tels monuments ne se construisent pas en un jour. Celles qui suivent attestent une plus grande confiance. A mesure que les murailles s'élèvent, grandissent aussi d'autres générations qui n'ont rien à oublier parce qu'elles n'ont rien souffert. Le temps est un grand maître, dit-on, et il le fut dans ce cas.

La première moitié du quatorzième siècle ne sera pas encore écoulée que des événements d'une gravité inouïe attireront sur un autre point l'attention

des hommes. En effet, voici les Anglais, c'est-à-dire la guerre la plus longue, la plus effroyable qui ait désolé notre pays. C'est alors que l'on verra, — spectacle admirable! — le sentiment le plus noble, le plus généreux après le sentiment religieux , achever le grand œuvre d'unité catholique inauguré et réalisé en partie par Bernard de Castanet. Devant des ennemis aussi puissants, aussi acharnés, le patriotisme fera disparaître les dernières traces de mésintelligence ou de défiance. Qui ne se sent le cœur brisé à la vue « de la pitié qu'il y a au royaume de France, » et quel moment mieux choisi pour se rapprocher, que celui où la patrie appelle tous ses enfants à la défendre?

D'ailleurs, plus l'épreuve sera cruelle, et plus aussi grandira cette foi religieuse qui va susciter Jeanne d'Arc ; évoques , prêtres , consuls , citoyens , puiseront à cette source le secret de leur force et de leur héroïsme. C'est le prêtre qui relève par de nobles paroles les courages abattus, c'est lui qui console, c'est à lui qu'on a recours au moment du danger. L'Anglais menace-t-il la ville? dès que le cri d'alarme a retenu. les prêtres montent au clocher de Saint-Salvy avec le crucifix et les reliques des saints1. Avant de mourir pour la patrie, l'assiégé se retourne pour demander à Dieu et aux protecteurs de la cité la force d'accomplir son sacrifice. A cette même époque, l'évoque reprend son rôle auguste de modérateur, d'ami, de père. Il intervient souvent auprès du gouverneur de la province pour améliorer la triste condition de son troupeau; il obtient la remise d'un impôt, la suppression d'un abus, la réparation d'une injustice, el gagne les cœurs par sa charité -.

De cette communauté d'intérêts, d'efforts et de

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