‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 24 sur 122 · Archivée commnnaleg. (Série CC · texte numérisé non relu

Archivée commnnaleg. (Série CC

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Pendant le quinzième siècle, les écoles ont été régies d'après un règlement fort ancien écrit en langue romane. Il y est dit entr'autres choses : « Que les enfants de la cité et juridiction d'Albi qui ne sont pas arrivés encore aux classes de grammaire, ne doivent rien payer, parce que la ville fournit au maître une maison franche et quitte de tous droits. Ceux qui suivent les classes de grammaire, qu'ils soient d'Albi ou d'ailleurs, paient 7 sous 6 deniers, les humanistes 10 sous, les logiciens 15, les philosophes 20 sous tournois ' . » Comme on le voit par ce règlement, dès le commencement du quinzième siècle il y avait cinq classes dans les écoles communales : celle des commençants, celle des grammairiens, celle des humanistes, puis enfin celle des logiciens et des philosophes. C'est un point important à retenir. Tout d'abord les cours ont dû s'y faire en langue romane, mais après l'expulsion des Anglais et le mouvement d'unité qui s'est produit dans tout le royaume, le français s'est peu à peu implanté. Nous n'hésitons pas, du moins, à reporter ce grand fait à cette époque.

Quoi qu'il en soit, au commencement du seizième siècle, le français s'est acclimaté dans nos écoles comme l'atteste l'adresse suivante des écoliers aux consuls pour relever les études jadis si florissantes : « Donc, Messieurs, ne sera pas à votre honneur si

1. Ce règlement mérite d'être rapporté en entier. Il Cgure dans un registre de 1402. « Sia assabut que lo maystre de las ? colas de las arts de « la eiutat d'Albi pren per los salaria dels clercs en la forma que se en.-ec : « Primo, per lo salari dels petitz enfans de la dita ciuta et juridictio d'Albi « que no sou grammacicrs lo dit maystre no deu r.enre negua salari. per « ko que la vila baila la maiso de la vila am sas cambras aldit maystre « franca e quitia. Et per cascum escolar non gramacier foras de la dita « eiutat et juridictio V sols t. Per cascum escolar tant ciutada que forata « regimem, VII sols VI diniers. Per cascum scolar tant ciutada que forata « regimista tro a la logica, X s. t. — Per cascum logicie tro a la philoso- « phia, XV s. t. e cascun logicie pbilosoh XX sols tomes. » ( Archives, communales, série AA. 2.)

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« les écoles de votre dite ville qui longuement ont été « réglées et gouvernées par gens de grand savoir, « lesquels ont fait beaucoup de profit et ont donné « beaucoup de bruit et de renom à votre dite ville, « maintenant sont diminuées et perdront leur bon bruit « à défaut de gens de savoir. Car ceux qui prétendent « de les avoir ne sont pas assez suffisants ni capables « de satisfaire aux écoliers, ainsi qu'est notoire à un « chacun de leur jugement. Et vous avertissons que « s'il est ainsi, s'ensuivront grands dommages, car « nous, écoliers, perdrions notre temps et la ville sa « bonne renommée. Et possible adviendra ainsi qu'est « advenu à Saint Antonin y a deux ans et à Montauban « cette année.

« Ce considéré, Messieurs, vous plaise entretenir le « bon bruit et la bonne renommée, et fasse que de « longtemps fleurisse en votre République, que soit à « profit et honneur de vos fils et des suppliants qu'ils « ne viennent à consumer leurs temps, adolescence et « argent de leurs parents'. »

Cette requête n'était que trop motivée, mais les malheurs étaient si grands, qu'elle ne saurait amoindrir en rien la haute idée qu'on a de l'intelligence des consuls. Cette interruption fut, en somme, de courte durée; les cours furent bientôt repris et les écoliers obtinrent pleine satisfaction. D'ailleurs, nous touchons à la Renaissance et les germes d'une fièvre intellectuelle agitent déjà les esprits. Notre petite cité, comme on le verra tout à l'heure, profitera de cet élan généreux; en attendant, résumons les résultats obtenus pendant cette première période de notre enseignement communal. Un regard en arrière fera mieux appréeier le chemin parcouru.

Et d'abord, au point de vue de la communauté,

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les écoles ont rendu d'immenses services. Au commencement du quatorzième siècle, les consuls sont des hommes dévoués, de bon jugement, mais trèstimides en matière d'administration. Une grosse partie du budget est dévorée par les juristes. On les appelle de fort loin et à tout propos, pour se fixer sur la valeur des actes, le texte des chartes, la rédaction des pactes, traités, obligations ; de sorte que les intérêts communaux sont en somme mal gérés, parce qu'ils ne sont pas toujours bien compris. Au contraire, sitôt que l'enseignement s'est un peu répandu, les consuls sont plus résolus dans leurs décisions , plus énergiques dans leurs prétentions. Le pouvoir temporel de l'évêque, par exemple, cherche-t-il à empiéter? leur suprême ressource n'est plus seulement de se faire des amis et des défenseurs dans l'évêché ; ils résistent catégoriquement. C'était bien autre chose auparavant! Le 28 décembre 1360, ils donnent, conformément à une vieille coutume, 7 sous à Guillot, portier de l'évêché , pour qu'il soit favorable à sa "porte. Quand on ne lui donne pas de l'argent, on lui offre des gants , probablement en souvenir du proverbe qui devait avoir son correspondant en langue romane : Chat gante ne prit jamais souris. Une autre fois, c'est au fol de M. d'Hautpoul, sénéchal, qu'on fait des largesses. Le nombre de cadeaux de toute espèce est prodigieux à cette époque ; on en fait à tout le monde, aux grands comme aux petits '. Il ne faut pas s'en étonner; on a souvent besoin de plus petit que soi, et M8 Guillot, comme le triboulet de M. d'Hautpoul, peuvent rendre plus de services qu'on ne pense. Ces détails, qui paraissent oiseux au premier abord,

1. Parmi tous ces cadeaux, il y en a un qui nous a frappé. La comramunauté ayant un procès, donne à son avocat une anguille. L'allusion est assez piquante, et nous ne doutons pas que l'avocat profitant de la leçon, n'ait été aussi souple, aussi glissant que le désiraient les consuls.

méritent, au contraire, qu'on s'y arrête, car ils montrent par quels calculs souvent naïfs les consuls suppléaient à leur inexpérience en affaires, et comment dans leurs rapports avec les divers pouvoirs ils procédaient par voie gracieuse ou amiable. Supposez, au contraire, qu'ils aient une claire notion de leurs droits, une connaissance parfaite de leurs titres, ils n'auront pas certainement recours à ces petits moyens, à ces bagatelles de la porte. Me Guillot ne sera plus qu'un personnage obscur; on ne parlera plus de lui donner des gants pour le rendre favorable. Ce sera moins humiliant pour la communauté et plus économique à la fois- Mais il ne s'agit pas seulement de défendre les intérêts de la ville, il faut aussi les administrer sagement ei pour l'avantage de tous. Nos petites municipalités du moyen âge sont de véritables républiques ayant un budget, une police, des biens à faire valoir, un personnel assez considérable h diriger. Certainement, tout cela demande avant tout du bon sens et de l'expérience. Mais qu'on y joigne une certaine dose d'instruction, et ce ne sera plus seulement la routine qui guidera le conseil communal; des améliorations se produiront dans tous les services, les réformes même viendront en leur temps, par suite des études de comparaison ou de certaines connaissances particulières aux hommes instruits, et, sans aller bien vite, la petite République prospérera.

Ces résultats ne sont point de pures suppositions. Si l'on réfléchit, en effet, que nos villes du moyen étaient la plupart «lu temps isolées les unes des autr< s, que les relations étaient extrêmement difficiles, les transactions .;i peu \>v<'> nulles, les chemins infestés «le routiers, de ribauds de toute espèce, sans compter les Anglais qui tenaient la campagne, on comprendra mieux le besoin que ressentaient nos pères «le s'appuyer sur «les hommes joignant à une grande sagesse,

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un peu de cette instruction qui facilite la besogne et suggère souvent des idées que l'expérience seule ne donne pas toujours.

C'était si bien leur sentiment, que nous voyons bientôt les élections consulaires appeler aux affaires tous ceux qu'une instruction quelconque signale à l'attention publique. A côté des bourgeois et des marchands figurent les gradués en Droit ou en médecine. Les suffrages paraissent s'inspirer avant tout de ces deux idées très-heureuses assurément en matière communale : les intérêts et les capacités. A partir du quinzième siècle, il n'est presque pas de liste consulaire qui ne contienne un ou plusieurs noms accompagnés de titres universitaires. C'est là encore un des bienfaits les plus appréciables des écoles. Lorsque les jeunes Albigeois avaient terminé ce qu'on appelle aujourd'hui l'enseignement secondaire , les uns continuaient le négoce paternel, les autres allaient aux Universités voisines, à Toulouse, à Montpellier, à Cahors. Quelques-uns même, comme on a pu le voir, poussaient jusqu'à Paris, mais presque tous revenaient au pays natal.

De toutes ces Universités, la plus fréquentée était celle de Cahors, d'abord parce qu'elle était presque aussi rapprochée que celle de Toulouse et qu'elle comptait des professeurs aussi célèbres, mais surtout parce que la vie y était à meilleur marché, que nos compatriotes y trouvaient une hospitalité peut être plus empressée, en un mot des avantages plus grands que partout ailleurs. En 1473, un Albigeois, noble messire Jean de Rubai, archi-diacre de Tornes, y fonda le collège de Saint-Michel de Tornes, en stipula dans l'acte de fondation que certaines bourses seraient réservées aux écoliers natifs de l'Albigeois1. De plus, la plupart

1 . Nous devons cette importante communication aux soins de nos amie Gabriel et Etienne Depevre.

de nos régents qui venaient de Cahors ne se faisaient faute d'entretenir les préférences des écoliers pour cette ville. Ces liens étaient si étroits qu'ils ne purent être brisés que par l'édit royal de 1751 qui supprimait l'Université de Cahors et l'unissait à celle de Toulouse '. Enfin, pour donner une idée exacte de ce que pouvait produire chez nous l'enseignement supérieur, il convient de mentionner les douze bourses que le cardinal d'Amboise avait fondées à Paris et à Toulouse au commencement du seizième siècle.

Comme on le voit, l'instruction n'avait point tardé à porter ses fruits. Dès la fin du quinzième siècle, notre ville comptait déjà un grand nombre de citoyens élevés aux plus célèbres Universités de France. De là, le bon bruit et la bonne réputation dont parlaient les écoliers dans l'adresse citée plus haut. Mais l'avantage le plus direct, le plus appréciable, était sans contredit une meilleure gestion des intérêts communaux. Ce

1. Nous lisons dans une délibération du Conseil politique de la ville

d'Albi, à la date du 21 juillet 1751, les passages suivants : « Au sur-

« plus, on trouve dans la ville de Cahors une grande douceur pour la vie « animale, puisque les vivres y sont à très-vil prix, de même que lesloge- « ments et les services, au moyen de quoi les frais des études sont moins « considérables, et par conséquent la voie des sciences plus aisée et plus « favorable aux sujets pauvres qui ont l'ambition de servir l'État, et que « l'envie de savoir anime, avec d'autant plus de raison encore que les (( degrés y sont bien moins coûteux que dans les Universités voisines ;

« Enfin, une heureuse expérience a appris à cette ville, depuis bien « longtemps, combien grande serait la douleur que lui causerait la sup- « pression de l'Université de Cahors, en considérant les mérites des sujets « que cette université a perfectionnés dans les sciences, dans la polit « et dans l'art de la magistrature, et dont cette ville et ce diocèse sont a redevables à la police exacte et régulière que la ville de Cahors es

« particulièrement sur les étudiants, et à l'amour singulier (pie les pu

« seurs ont pour les Albigeois, qui, non contents de les élever par des « principes clairs et solides aux plus liantes sciences, lorsqu'ils sont sur les « bancs, les dirigent encore au-débors, en B'occupant de leur conduite (( extérieure, qu'ils rendent irréprochable par des -oins et des ayis pater- « nela qui les retiennent dans la dépendance et semblables aux enfants

<( «pli vivent sous les yeux de leur père etc. .. (Archives communale-.

eérie GG, 83.)

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résultat seul suffirait à arrêter ceux qui considèrent l'enseignement comme une source féconde de bien-être moral et matériel; il comblait aussi l'ambition des consuls qui se préoccupaient avant tout de « Y utilité et prou fit » de leur petite république.

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