‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 25 sur 122 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le Règlement scolaire de 1543. — Il résume tous les programmes d'études .antérieurs. — Recrutement des professeurs. — Les concours pour la régence ou conclusions. — Articles relatifs à la moralité de l'enseignement. — Division des cours. — Des matières qui y sont traitées. — Les joutes oratoires ou discutât ions entre écoliers. — Séances publiques. — Discipline. — Confréries, — Intérieur de l'école ; vie des régents et des écoliers. — Pierre Gilles, sa vie. ses œuvres; ce qu'en dit Rabelais. — Résultats de l'enseignement communal. — Le chroniqueur poète, Pierre Bordet. — Ce qu'on pense de la langue romane au seizième siècle. — Lettre de François Ier.

Si l'on veut avoir une idée plus exacte encore de ce qu'était notre enseignement communal au moyen âge, il faut lire le Règlement des écoles de 1543. Quoiqu'il ait été fait en pleine Renaissance et à la veille des grandes réformes proposées par du Bellay dans son Illustration de la langue française*, il doit être considéré comme la quintessence et l'expression la plus parfaite de tous les programmes qui ont été en vigueur dans nos écoles pendant le moyen âge. C'est, on peut le dire, un des documents les plus curieux qui existent sur la matière, car on trouverait difficilement ailleurs des renseignements plus complets, plus détaillés sur tout ce qui concerne les méthodes d'éducation, le recrutement des professeurs, la police des cours, les confréries, en un mot, surtout ce qui constitue la physionomie particulière d'une école avant la Renaissance.

1. Défense et illustration de la langue française, Paris. 1549.

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Nous ne le reproduisons pas en entier, vu sa longueur ; nous en analyserons les passages les plus saillants1.

Quand la ville s'était pourvue d'un personnage , homme de bien, ydoine et souffisant de bonnes mœurs, bonnes instructions et littérature, on ouvrait solennellement les cours, en présence des consuls et des notables, le jour ou le lendemain de la fête de saint Luc. On lisait, dans cette assemblée, le règlement des écoles, où se trouvaient formulés les droits et devoirs réciproques de la ville, des maîtres et des écoliers. D'abord, aux termes de ce règlement, le régent devait fournir un poëte et un grammairien, pour ayder aux lectures des scoliers, afin qu'ils soient gens de bien, de bonnes mœurs, bien doctes et bien instruits aux facultés à eulx commises. Or, ces deux professeurs n'étaient jamais admis sans avoir subi au préalable un sérieux examen, ou, comme on disait alors, sans tenir conclusions. A cet effet, les consuls convoquaient les notables de la ville parmi les ecclésiastiques et les laïques, et c'est devant ce jury que les candidats devaient justifier de leurs aptitudes en matière d'enseignement.

Nous avons dit que cet examen était sérieux, et

1. C'est pendant la direction de Me Lapidarius que fut fait le Règlement de 1543. Ce régent était très-renommé dans le Midi pour son savoir ei sa manière d'ensiigner. On le pressait de divers côtés de prendre la direction des écoles. La lettre suivante témoigne tout à la fois de son goût pour la langue latine et de l'estime qu'on avait de sou talent.

« Vigilantibus DD. consulibus Albiensibus. <i. Lapidarius.

« Mirùm mihi videtur quod nuilun certain responsam ad me Bcripseritifl « de vestra provincia scliolastica. Ego in dits urgeor a D. D, OOnsulibtM « Pamieiisilms. Niai vos brevi certo quidquam ngnificaveritia, dabo fidem « Pamiensibus pro anno proximiori. Quare si estû adhuc in eo in me « animo et scholas vestras mihi confèrre, mittite nuntium j>eculiarem, non « sum vobis defuturus. Valete. Kaptim l'amiis, dominicâ aute Tente- « costem.

tH Vester ex animo, G. Lapidarius. »

(Archives communales. GG. 81.)

l'école AU MOYEN AGE. 109

nous en avons acquis plusieurs fois la preuve en parcourant nos archives. Les candidats professeurs ne sont pas toujours admis par le jury; beaucoup d'entre eux sont remerciés. Néanmoins, comme ces pauvres poètes ou grammairiens ont été rudement éprouvés dans leur amour-propre par un échec public, et qu'il serait vraiment trop dur de les éprouver encore dans leur bourse, on leur donne de quoi s'en retourner. C'est ainsi qu'en 1551, on donna 2 livres 6 sous à Me Vitalis Giron, qui était venu de Figeac pour être poëte des écoles, et qui n'avait pas été heureux dans ses conclusions. Au contraire, Me Antony Florensac, qui avait été admis, reçut 20 sous pour aller chercher ses livres1. D'autres fois, on accorde des gratifications assez considérables aux maîtres qui ont brillé dans ces examens, et ces gratifications s'étendent jusqu'aux écoliers. En 1559, on donna 16 livres 10 sous à certains maîtres d'école qui vinrent pour tenir les conclusions au mois de mai, et 39 livres aux écoliers qui avaient assisté aux disputes*.

Nous pourrions citer beaucoup d'autres faits semblables qui prouvent que ces examens n'étaient point de pures formalités, et qu'ils avaient même un certain éclat. Les candidats s'y rendaient nombreux et de toutes les parties du Midi, ce qui achève de leur donner toutes les apparences d'un concours.

Une fois le corps professoral constitué, les consuls s'occupaient de l'enseignement en lui-même, et tout d'abord de sa moralité. L'article 7 du Règlement révèle les louables scrupules de la communauté à cet égard. Personne n'est en droit de s'étonner que le régime pédagogique de cette époque fut moins tolérant que celui de nos jours. Ce qui faisait la force des

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