‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 28 sur 122 · Pantagruel, liv. V. chap. xxxi · texte numérisé non relu

Pantagruel, liv. V. chap. xxxi

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niques, le plus éclatant hommage rendu à l'infatigable labeur du savant qui a été peut-être le premier de nos géographes, en même temps que l'un de nos premiers naturalistes.

Le nom de Gilles échappé par hasard à l'oubli des hommes n'est probablement pas le seul qui fut digne de parvenir à la postérité. Sans doute, il en est d'autres que nous passons sous silence et qui devraient avoir ici une biographie spéciale. Celle qu'on vient de lire suffit pour prouver qu'au commencement du seizième siècle, on cultivait avec ardeur dans nos écoles les auteurs grecs et latins, et comme ce fait est assuré par les biographes mêmes de notre compatriote, nous avons cru qu'il méritait d'être rapporté.

Notons, en finissant, le caractère égalitaire de notre enseignement communal. Les enfants de la noblesse le reçoivent au même titre que les enfants de la bourgeoisie et du peuple. Il n'existe aucun degré dans cet enseignement qui est le même pour tous, et c'est en cela que nos écoles du moyen âge étaient bien communales, puisque tout citoyen d'Albi avait le droit d'y recevoir l'instruction et que ce droit était indépendant de la condition ou de la naissance de celui qui voulait en user.

Ainsi, c'est là que se sont formées ces admirables générations des quatorzième, quinzième et seizième siècles, si grandes dans les épreuves, si nobles dans l'infortune, si braves dans les dangers. C'est dans ces écoles que les consuls de ces temps avaient puisé la force et le courage d'accomplir jusqu'au bout la mission ardue de conduire leurs concitoyens à travers les désordres, les effarements, les défaillances occasionnés par la guerre de Cent Ans, les discordes civiles et les guerres de religion. Que de noms modestes, mais fièrement portés, que le temps a effacés et qui devraient être gravés en caractères d'or dans la grande salle de

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notre Hôtel de Ville! ' Que de nobles existences dont le souvenir est à jamais perdu et qui mériteraient une étude spéciale, une biographie particulière 1 Ces consuls si vigilants, si patriotes, n'étaient si l'on vont, que les premiers citoyens d'une petite ville de France; mais ils n'en sont pas moins dignes d'attention, car ils conservaient un poste avancé, une cité enviée, la clef de l'Aquitaine. Les Falip de Pradal, les Bermondy, tant d'autres encore qui s'imposent à notre admiration par l'éclat de leurs services, l'élévation de leur caractère, contribuèrent pour une large part à maintenir cette fidélité à toutes les grandes causes qui firent l'honneur et la fortune de la France.

Depuis le quatorzième siècle, que de progrès réalisés ! Sans doute, la commune albigeoise n'est pasencore la république idéale de Platon, mais elle n'est pas loin d'être une des mieux administrées du Languedoc. Tous ses consuls sont plus que jamais des hommes de cœur, d'intelligence, de résolution, avec lesquels les ennemis du dehors comme ceux du dedans apprennent à compter. Souvent même, ils ont de ces audaces qui étonnent quelque peu ceux qui ont vu la timidité de leurs devanciers. On sait qu'ils sont bons administrateurs; sait-on qu'ils s'entendent à faire la guerre comme de vieux capitaines? En 1537, la fameuse bande de Montluc désolait l'Albigeois. Sur La proposition de Bermoncfy, les consuls prennent la résolution de la pourchasser. A cet effet . ils votent l'acquisition d'une grande quantité d'armes et de muni-

1. Il y Mirait un livre très-intéressant a Caire mu- les dévouement- de tout genre qui ,-e produisaient dan- nos petites villes du moyen A Albi, en particulier, il n'était pafl de malheur publie qui ae suscitai des héros. Pendant les pestes qui bs succédaient alors arec une si effrayante rapidité, des hommes parfaitement inconnus aujourd'hui prodiguaient les soins Les plus empressés à leurs concitoyens et mouraient Le plus souvent

victimes de leur charité. Il va là une œuvre de réparation à accomplir

çt de belles pages d'histoire à écrire.

tions. Un marchand nommé Sauvail se charge de faire venir le tout d'Allemagne dans l'espace d'un mois ; il prête même l'argent nécessaire pour la réparation des murailles. Quand l'armement est complet, les milices albigeoises commandées par Bermondy se précipitent sur la compagnie de Montluc disséminée à Labastide- Denat, Fauch, Fréjairolles, et parviennent à l'exterminer '.

Cette année, le chroniqueur de la ville, animé soudain d'un noble orgueil, estimera que la prose n'est plus à la hauteur de pareils exploits. Paulo majora canamus ! C'est en vers français qu'il rédige les bulletins de victoire du corps consulaire. Il commence par raconter la guerre de François Ier contre Charles- Quint :

La guerre estoit partout grevable

Au monde y eut beaucoup d'affères

Par le débat de deux beaulx frères,

L'un rov français, l'aultre d'Espaigne,

Par lesquelz en ville et cbampaigne

Moururent je ne scay combien

De bons seigneurs et gens de bien.... etc.2.

Il finit par le récit de l'expédition consulaire. Dans cette pièce -où la prosodie n'est pas toujours observée, les vers sont pour la plupart d'une tournure facile et d'une lecture agréable. Çà et là, quelques notes ironiques ou émues, selon que l'annaliste parle du châti-

1. Archives d'Albi. Série BB, 22. — Cette expédition militaire a cela de particulier qu'elle est entièrement menée par la communauté. Les achats d'armes sont détaillés dans le document en question. Ils sont très-nom. breux, quoique la ville ait toujours été abondamment pourvue de munitions. Dans Âlby pendant la guerre de Cent- Ans. nous avons examiné les ressources de ses arsenaux , et on a pu s'assurer qu'elles étaient assez grandes, malgré les malheurs des temps et la diffficulté des communications.

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