‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 29 sur 122 · Archives d'Albi. Série AA · texte numérisé non relu

Archives d'Albi. Série AA

128 l'école au moyen âge.

ment infligé aux brigands de Montluc ou de la désolation des pauvres gens; partout un*' grande aisance, un art parfait dans Le groupement des faits, beaucoup

de verve et d'entrain :

Los vignes gelèrent en France Dont le vin li-t ai grande Eouffrance Dedans Alby et anltres lieux Que ceux-là estoyent bien joyeux Qui pour argent en pouvoient Loire.

Et n'y a homme de mémoire Qui oncques vist plus grand déluge De quoy chacun peut estre juge.

Car pour faire chère notai )le

;!x montèrent mu- la table Si haut que ceulx du pie Saint-Georges Estoyent en eau jusque» à la gorge, Tant que chacun en son deg En but -"ii <a<>ul bon gré mal gré. etc.

C'est la première fois, mais non la dernière, que nos archives sont rédigées en vers français. Toutefois, la poésie est un langage trop relevé pour qu'on en abuse, et l'année d'après, le chroniqueur revient à la vulgaire prose.

Ce n'est pas là cependant la seule réforme qui se soit introduite dans l'Hôtel-de-Ville. Il y en a un»' surtout qui indique d'une façon évidente la réaction (jui se produit grâce aux écoles contre tout ce qui, de prés ou de loin, tefuche à l'ancienne langue. 1 >«**j /t l'évoque Louis d'Amboise avait porté le premier coup au roman en exigeant qu'il l'ut harangué eu français. Mais le mouvemenl ne s'arrêtera pas Là. Dès 1537, lés consuls s'attachent un écrivain en titre Scriptor . qui traduit en français les titres : Chartes, franchises et coutumes des vieux cartirtaires. Pierre Bordet qui s'acquitte d'ailleurs admirablement de cette mission, ne craint pas d'écrire en toutes l<'ttivs. à la première page du nouveau registre, ces mots que les aïeux

l'école AU MOYEN AGE. 129

n'auraient pu lire sans rougir de honte et de colère : « traduict du vieil barbare en français. »^Or, le vieil barbare n'est autre chose que la langue des troubadours, d'Azémar le Negré, de Guillaume Hue et d'Albertaz Cailla ! Certes , pour arriver à proscrire ainsi cette langue harmonieuse qui avait fait les délices des générations précédentes, il a fallu que l'esprit moderne s'implantât bien fort dans notre pays, et ce sont encore les écoles qui ont amené ce résultat.

Une seule chose console de ce regrettable abandon, c'est que si les consuls rompent avec la poésie des aïeux, ils font assez bonne mine à la nouvelle. Témoins, ces vers d'un poëte inconnu — (probablement de Bordet), — inscrits en tête de la traduction, et qui prouvent que la race romane n'abdique pas aussi facilement lorsqu'il s'agit des franchises et des libertés locales. A ce trait, du moins, nous reconnaissons le vieil esprit méridional :

« Droitz, libertés, coustume et statuz Sont ordonnés au livre de nature.

Les amateurs des sacrez vertuz Ont faict les loix et la sainte escripture Pour nous donner la voye et nourriture Des bonnes mœurs, justice et équité, Dont en suyvant la preude antiquité, Par droict escript un chacun s'accoustume Vivre en raison. Hors mise iniquité, Chacun pays doit tenir sa coustume Grâce et amour, »*

Pour un pays qui a si longtemps parlé le vieil barbare, ces vers contemporains de Marot ne sont pas trop mauvais. Ils marquent un progrès sensible malgré leur rudesse un peu farouche, et accusent pour la

Page 1