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C'était, pour ce beau fleuve, le commencement d'un cours plus calme et plus régulier ; ses flots, ne trouvant plus d'obstacles, s'écoulaient paisiblement à travers la plaine immense, et allaient mourir sans secousse dans le lit profond de la Garonne, après avoir arrosé une des contrées les plus fertiles de ce bon gras pays du Languedoc, comme dit Froissart. Au Nord et au Midi, des coteaux aux pentes modérées, aux contours arrondis, reposaient l'œil et variaient le paysage1. Puis, un climat doux et tempéré, un ciel clément, aussi bleu que celui de l'Italie; la plaine devant soi, les montagnes dans le lointain; en somme, un vrai pays de frontière, tel est l'aspect qui plut aux maîtres du monde.
De leur occupation pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne, notre ville a conservé peu de vestiges. Néanmoins, on retrouve encore la trace de deux voies romaines qui reliaient Albi avec Castres et Toulouse : la première surtout a été mise à nu par de récentes découvertes faites à La Vène ( Viana), où les vainqueurs avaient établi un poste d'observation ; la seconde, partait du Castelviel et suivait d'assez près la rive gauche du Tarn. Des médailles et des débris de poterie romaine, trouvés dernièrement, ont justili<'> l'étymologie que certains archéologues avaient donné au Vigan (vicanus, petit bourg, hameau). Tout permet de croire, en effet, qu'à cet endroit se trouvait un petit bourg, en dehors des murs, peut-être une maison de campagne avec ses dépendances, ou un établissement de céramique. Quoi qu'il en soit, ces découvertes prou-
1. Noua trouvons dans le Mercure galant du mois d'avril 1G7D quelques lignes qui résument admirablement ce | les Boni d'Antoinette
Sa! van de Salies : « Notre ville est au milieu de la plus charmante vallée « du monde qui a assez d'étendue pour avoir tous les agréments de la « plaine. Les collines qui l'environnent, chargées d'arbres et de vi rnes. ne « font que borner agréablement la vue. et semblent n'être placées là que « pour L'empêcher de B'égarer. »
vent que remplacement du Vigan était occupé du temps de la domination romaine. Enfin, parmi tous les témoignages qui peuvent établir ce point si important de notre histoire locale, nous aimons à citer une piquante et judicieuse observation de M. du Mége, dont la profonde érudition n'est pas contestée : « L'étranger, « dit-il, est quelquefois étonné d'entendre les maçons « et les charpentiers albigeois donner des noms latins « à la muraille et à la poutre qu'elle doit soutenir ; ils « ne disent pas, il est vrai, paries et trabs, comme « autrefois à Rome, mais ils donnent au premier objet « le nom de paret, et au second celui de trabatelK » Si nous citons M. du Mége, nous ne l'imiterons pas. En empruntant à la linguistique des données que les chartes nous refusent, nous risquerions de faire fausse route. Sur ces époques lointaines, les documents manquent; à quoi bon vouloir les remplacer par des théories subtiles qui, le plus souvent, font plus d'honneur à l'imagination qu'à la vérité historique? D'ailleurs, un grand fait est solidement établi : c'est l'occupation de notre pays par les Romains. On peut, dès lors, en tirer telle conséquence qu'on voudra. Pour ce qui nous occupe plus spécialement, il domine tous les autres. En effet, les conquérants apportèrent avec eux l'amour des choses de l'esprit; et, si l'on veut se rendre compte de la facilité avec laquelle les vaincus répondirent à leurs avances, on n'a qu'à relever le nombre de rhéteurs, de professeurs et de personnages politiques que
1. Statistique générale des départements Pyrénéens, p. 553 : M. Mary- Lafon, dans son étude sur le Patois {Les Lettres et les Arts au moyen âge de Paul Lacroix), a fait les mêmes observations en ce qui concerne le dialecte tarnais :
« Essentiellement latin, ce patois offre la plus grande clarté, et à la
régularité des formes grammaticales, on s'aperçoit qu'il a été fixé de
bonne heure L'n autre caractère du patois du Tarn, qui se rattachait
par un autre lien à la langue latine, c'est la richesse des diminutifs et des augmentatifs, etc. »
les provinces nouvellement annexées fournirent a La métropole.
Dans notre Midi, Toulouse, Marseille, Narbonne lurent les foyers de cette colonisation qui sollicita successivement toutes les forces physiques et intellectuelles de la race gauloise. N'est-il pas permis de croire que ces colonies répandirent autour d'elles un peu de cet esprit romain, et que quelques rayons d'instruction pénétrèrent, dès ce moment, plus avant dans l'intérieur des terres*? Néanmoins, rien ne le prouve, et, pour trouver des traces d'un enseignement quelconque, on est obligé de remonter aux premières prédications de L'Évangile. Pour Àlbi, en particulier, il n'y a pas de doute. Jules César, dans la nomenclature des territoires et des peuples de la Gaule, ne mentionne pas l'Albigeois; ce ne fut que sous le règne d'Auguste qu'il fut conquis dans l'Aquitaine. Pour la première fois, nous voyons figurer la ville d'Albi (civitas Albiensium dans les notices de l'empire romain, au cinquième siècle'. Il est vrai que des traditions très-sérieuses de L'Église d'Albi fixent au troisième siècle la fondation de l'évêché.
A tout bien considérer, et alors même qu'avant cette époque une colonie romaine fût venue s'établir dans notre pays, il est prudent de ne pas assigner une autre date au développement de l'instruction. Aller pins Loin, serait donner un caractère trop important a cette colonie qui fut peut-être dans le principe simplement agricole ou guerrière. En revanche, du jour où la croix fut arborée sur notre sol, on peut soutenir hardiment qu'il y eut dans La civitatula gallo-romaine des hommes lettrés qui tâchèrent d'acquérir par L'étude, connue par la piété, Le don de convertir les populations à la foi chrétienne. Que de villes aujourd'hui florissantes