ptitiuiui prima. (Voye* Dom Vaiseete
ont eu pour fondateurs des évoques, des moines ou de modestes apôtres ' ! Il serait trop long de les citer, et d'ailleurs, personne ne conteste plus que le christianisme n'ait été en Europe et surtout en France, l'élément propagateur par excellence de la civilisation moderne.
Dans notre cité, les évêques prennent tout d'abord une prépondérance marquée, pleinement justifiée d'ailleurs par leur piété et leurs talents. Sans parler de saint Clair, le premier d'entre eux, qui paya de son sang son zèle à la foi chrétienne, nous mentionnerons Diogénien qui occupait le siège d'Albi au commencement du cinquième siècle et qui est cité dans Grégoire de Tours comme un des prélats les plus illustres des Gaules 2 ; Salvy qui fut une des gloires les plus pures de l'épiscopat de ce temps. Avocat avant de s'engager dans la milice du Christ, il unissait à l'ascendant d'une vie irréprochable, les charmes d'un esprit fin et cultivé. Sou éloquence éclata dans le concile de Braine où il eut le courage de s'élever avec indignation contre les velléités théologiques du roi Chilpéric 3. Grégoire de Tours a laissé de cet illustre évêque un portrait bien fait pour nous donner une haute idée de ses vertus et
1. Voir la magnifique introduction des Moines d'Occident de Montalembert
2. Grégoire de Tours cite le témoigne d'un certain Paulin, qui n'est autre peut-être que saint Paulin de Noie. Nous y lisons : « Si enim hos <( videas dignos Domino sacerdotes, vel Exuperium Tolosre. vel Simplicium
« Vieimae, vel Arnaudum Burdigahe, vel Diogenawum Albigas utcumque
« se habent Bseculi mala videbis profecto dignissimos totàus sanctitati> ac <i fidei, religionique custodes. »
3. Chilpéric avait composé un Credo nouveau dans lequel il nommait Dieu sans faire mention des trois personnes. On lui avait mollement résisté dans le concile, lorsque saint Salvy arriva. Il en avait à peine entendu la lecture qu'il manifesta hautement son indignation. Il n'hésita pas même à déclarer qu'il déchirerait le fart uni royal s'il l'avait entre ses mains. Chilpéric dont on connaît l'humeur peu accommodante, se soumit cependant et retira son Credo. (Voyez sur saint Salvy et sa nièce Disciola,
ire de Tours, lir. V. VI et VIL)
de ses talents. Son tombeau révéré par la piété Êtes
fidèles servit plus tard d'assises à une abbaye florissante où les lettres trouvèrent un refuge contre le vandalisme ou l'indifférence des hommes. Citons encore Constance, prélat d'un grand savoir, au dire de ses contemporains; Didon qui s'employa avec ardeur à réparer les dégâts causés par un immense incendie qui dévora, au huitième siècle, la moitié de notre ville et détruisit en particulier la bibliothèque des évèques ; Déodatus, aumônier de Charlemagne avant d'être évêque d'Albi, et qui était probablement un disciple d'Alcuin.
Entre temps, d'autres personnages célèbres viennent augmenter cette influence cléricale déjà très ac ce sont, par exemple, les frères Siagrius, Rustique et Didier. Ils étaient, tous trois, fils du comte d'Albi et (lurent sans doute à ce titre d'être appelés à la cour de Clotaire pour compléter leur éducation. Mais ils avaient fait déjà de grands progrès dans l'étude des belles-lettres, Didier surtout, qui révéla de bonne heure les plus brillantes facultés '. Siagrius, d'abord comte d'Albi, devint plus tard comte de Marseille; Rustique fut évêque de Cahors, et Didier, après avoir occupé longtemps les fonctions de trésorier de la couronne, lui succéda sur ce siège.
C'est à l'époque où ce dernier était encore à la cour de Clotaire, qu'il faut rapporter les lettres d'Erchanfrède, sa mère, Lesquelles constituent, à proprement parler, les premiers documents de notre histoire littéraire locale. Comme sainte Monique, Erchanfrède
1. « Desideriu» vero sum/mâ parentum cura tmutritu», litterarmm thtdiiê » ad plénum cruditus est : quorum diligentiâ cactus est, post titteraxum (i inâgnia studia, gallicanamque eloquentiam (quae rcl florenti « sont, vcl p.ximia contubernii regalis adductis Lnde dignitatibut « deindè legam romanaram indagationi studuit, ut abertatem eloquii « gallicanj oitoremque gravitas sermonis romana temperaret. » (P. Labbe, Vtta sancti Dcsiderii, <•. i; Nota VibHotheca matiutcrijjtorum, j». 699.)
unissait la piété la plus vive à l'amour le plus tendre, et les messages qu'elle envoyait à son fils trahissent à chaque ligne ces deux sentiments. Si les honneurs dont son très-doux Didier (dulcissimo fîlio Desiderio) est investi sont de nature à satisfaire son orgueil maternel, ils sont aussi pleins de dangers, et c'est contre toute surprise qu'elle voudrait prémunir son fils '. On a conservé trois de ses lettres qui, indépendamment de leur valeur historique, attestent une connaissance approfondie de la langue latine. Dom Vaissete les apprécie ainsi : « Il paraît par la latinité assez « exacte de ces lettres, que le commerce des Gaulois « ou anciens habitants du pays avec les barbares éta- « blis depuis longtemps dans la Province, n'avait pas « encore altéré la pureté de la langue latine qu'on « parlait communément dans le pays. »
Saint Didier fut un des prélats les plus savants de son siècle. Dom Vaissete a également dit de lui : « Didier passait pour un homme très-éloquent. On ne « peut, en effet, disconvenir qu'il ne fût très-versé « pour son siècle dans la langue latine ; on peut en « juger par seize lettres qui nous restent de lui avec « quelques autres qui lui furent écrites2; elles sont « des preuves de ses liaisons avec les plus grands per-
1. « Archenefreda autem pia genitrix tenerrimo valde affecta De ide-
« rium diligebat hase autera crebras ad eum epistolas diriger) s i»i<> studio
« filium cohortatur ut cœpta perficeret, omni custodia cor suum corpusci que servaret, praecepta Dei toto adnisn custodire contenderet,... etc. »> (Ibid., ch. ni.)
Pour donner mie idée du genre et du style de ces lettres, nous citerons
le passage suivant : « Semper animas profectum elaborate, cliaritatem
« circa omnes tenete, castitatem super omnia custoditc, cautelam in
« mone, in omni opère habete, et si forte aliquid mali actum est. cilo
« cmeudate Incolumes Dominus custodire et haeredtes regni soi praepa-
« rare dignetur » (Dulcissimo ac desideratissimo filio Desiderio Arclie-
nefreda. — Ibid.)
2. Parmi ces dernières, citons-en une qui lui fut écrite par Constance, évoque d'Albi, pour l'inviter à venir présider les fêtes de la Nativité. (Voyez Canisius : Antiquœ leetiones, t. 5, p. 636.)
26 LES LETTRES A A.LBI.
« sonnages de son temps ei des monuments précieux « pour L'histoire de son siècle ' »
Nous nous sommes arrêté à saint Didier ei à sa mère,
parce que leur vie comme leurs œuvres inï«''i< -ss« -n r notre localité et que les manuscrits cités par le P. Labbe font mention d'un fait dont on ne contestera pas L'importance : c'est que les trois frères Siagrius, Rustique et Didier étaient déjà très-avancés dans l'étude <l<is belles-lettres lorsqu'ils furent appelés à la cour de Clotaire, ce qui revient à dire, qu'à cette époque, la ville d'Albi possédait un certain groupe de lettrés et de savants. Il était aussi indispensable de citer Les lettres d'Erchanfrède qui sont les premiers monuments de notre histoire littéraire.
Si nous continuons à rechercher les influences chrétiennes qui ont agi de bonne heure sur notre pays, nous signalerons encore la floraison de martyrs, de confess r.-urs et de vierges qui éclate sous la domination romaine et sous la race mérovingienne. Saint Amarand, saint Salvy, saint Eugène, évoque de Carthage, exilé à Albi par Trasamond, roi des Vandales, saintes rarissime, Martianne, Sigolène, exercent peut-être plus d'empire sur la civilisation que les lois les plus sages des rois ou des gouverneurs. Leur vie se déroule dans de suaves légendes qui, répétées de bouche en bouche, épurent les mœurs, élèvent les âmes et tout naître le culte du beau, premier symptôme d'une renaissance prochaine. A loin- voix, dos abbayes florissantes semblent sortir do terre; les moines défrichent, entre deux prières, un*1 des plus belles plaines <li' France et copient ces manuscrits précieux où. après quelques siôcP's d'épreuves, L'humanité retrouvera l«-s trésors Littéraires de L'antiquité.
Kn résumé, ce qui favorisa le plus dans noire cité