‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 31 sur 122 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'école de Sainte-Gemme. — Les premières traces d'enseignement clérical.

— Nature et portée de cet enseignement. — De quelques évoques qui sont sortis de l'école de Sainte-Gemme : Amelins, évoque de Marseille; Jean Roques, évêque de Cavaillon. — Le Chapitre et les ordres religieux.

— Le cardinal Georges d'Armagnac, écolier ; son amour pour les lettre?. Il encourage Pierre Gilles. — Guillaume Leblanc, évêque de Toulon et son neveu, évêque de Grasse; leur vie, leurs œuvres, leur correspondance. — Fusion de l'école de Sainte- G eniinc avec Técole communale.

Pour si florissant que soit l'enseignement communal albigeois, il est cependant surpassé par celui que donne l'évêque dans son école de Sainte-Gemme. Ce résultat ne saurait surprendre personne, car à première vue et sans même entrer dans l'examen des titres qui l'établissent , on comprend parfaitement que des prélats distingués, comme le furent la plupart de ceux qui occupèrent, le siège d'Albi, aient tenu à honneur de recruter un clergé selon le cœur et l'esprit de l'Église, c'est-à-dire capable de saisir le sens et la beauté des livres liturgiques et d'opposer des arguments péremptoires aux prédications des hérétiques.

L'école cléricale avait du suivre de près la création de l'évêché, quoiqu'il n'en soit fait mention pour la première fois qu'en 1072. Cette année, un concile qui se rassembla à Albi, sous la présidence de Guiraud, cardinal-archevêque d'Ostie, obligea le cabiscol (caput scholœ), ou chef d'école à se désister des terres atta-

chées à sa charge1. Ce document indique que l'école existait déjà depuis longtemps, puisqu'on avait aflfi certains revenus ou bénéfices au cabiscol, mais il ne renseigne pas sur son ancienneté. Il faut donc recourir à d'autres sources.

Si l'on remonte à la création de l'évêché d'Albi, c'est-à-dire au troisième siècle, il semble difficile d'admettre que nos évêques n'aient point songé à établir avant le moyen âge une maison d'instruction pour les clercs. Non -seulement tous les conciles recommandaient les écoles à la sollicitude des pasteurs, mais on se demanderait encore comment le clergé aurait pu se recruter s'il en eût été différemment. De tout temps , il fallut être instruit de la doctrine chrétienne, savoir lire et écrire pour être admis à la tonsure, et l'étude était une des principales obligations de ceux qui se destinaient au saderdoce.

Au sixième siècle, presque toutes les églises avaient leurs écoles; on cite parmi les plus célèbres de cette époque, celles de Poitiers, du Mans, de Bourges, de Châlons-sur-Saône, de Gap, etc. Les matières qu'on y enseignait étaient la rhétorique, la grammaire, la dialectique, la géométrie et l'astrologie. Il est vrai qu'au neuvième siècle les études cléricales étaient toml on décadence, mais on connaît aussi la circulaire par laquelle Charlemagne prescrivait à tous Les évoques et abbés d'établir des écoles dans leurs églises ou monastères, et l'histoire rapporte qu'il fut obéi. Qu'il l'air à Albi, on n'en saurait douter, puisque à a fcte époque Deodatus, un de ses aumôniers, occupait le siège èpiscopal. Cette circonstance «lut amener même certaines modifications dans L'enseignement local. 11 semble, du moins, qu'un aumônier de Charlemagne ayant vécu à la cour dans le commerce d'Alcuin et des lettrés du temps,

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