Cette particularité asl r ' par Guillaume i
une lettre qui précède 1" poeme <l<>nt il < I plus bas : « Et
Uiis nationibtu plerique omncê in Sacre '.lia n ni' h. < «
dans le fond, l'évêque de Toulon était trop philosophe pour se laisser toucher, au moins sur l'heure, car il finissait naturellement par se rendre. Il se contentait donc tout d'abord d'envoyer à Guillaume des réponses également très-correctes, vrais modèles d'atticisme, mais dans lesquelles il ne mettait que beaucoup d'esprit. Il faut lire cette correspondance pour avoir une idée de l'aisance avec laquelle ces érudits conversaient en vers latins. Nous en citons quelques fragments qui révèlent aussi un aimable enjouement et un tour d'esprit fort original. Le neveu a demandé de l'argent; l'oncle lui répond :
« Hoc tibi pro nuramis accipe contdlium. Si dc-int loculi. Patrnorum vivilo more :
Cum fueris locnples, viyito more tuo
Multum, inquis spargo, quo fit quamplurima mecsla :
^.Ic 5.-1.- tempus ade.it : die uiihi quando metes ? »
Au surplus, l'oncle est fatigué d'être le Mécène de son neveu ; aussi résigne-t-il ces fonctions et ce titre entre les mains du Pape :
« A puero tibi sum Mœcenas, eccc rc.dgno In maniboa Papse nomen et officiant.
Qui te sponte sua tara grato afïecit honore, Hic tibi divitias, nullaque verba dabit. »
Il est difficile de renvoyer un neveu aux Calendes, grecques avec plus d'esprit, et il est beaucoup d'oncles qui devraient retenir ce procédé.
Mais Blancus junior, .qui n'est pas pour rien un Leblanc, tient à prouver que l'esprit est héréditaire dans sa famille. Il répond à son tour qu'il reçoit toujours avec beaucoup de respect tous les conseils qui lui viennent de son oncle, mais qu'après les avoir médités, il a cherché autre chose dans la lettre. Le Pape a suffisamment de titres pour n'avoir pas besoin
de celui qu'on veut lui imposer. D'ailleurs, ce n'est pas à lui qu'il faut demander de l'argent, mais des conseils, tandis qu'il y a de par le monde un oncle habitué à ce genre de demandes :
« Tu mihi Mœcenas, teneris tu fautor ab annis :
Tu toties nuramos suppeditare - Sed nunc pro nummis cur das mihi carmina vati ?
Ipse peto numraos, non peto consilium.
Messis, ais, jam tempus adest, succcssit et restas;
Tempos adest, fateor, sed wnc falce metam ! Nec metitur gratis, nec gratis campus aratur :
Ut tua sementis, sic tua messis erit.
C'est dans le recueil de poésies de notre compatriote: Guillelmi Blanci junior is Albiensis Poemata] , que nous relevons ces deux pièces charmantes. On y remarque encore des odes, des églogues, des élégies, des épigrammes, des épitaphes qu'il fit pour les tombeaux de Pie V et du cardinal d'Esté, un poëme sur l'Eucharistie et un autre qu'il composa, étant éveque de Grasse, sur la canonisation de saint Hyacinthe par le pape Clément VIII. Dans la préface, Guillaume Leblanc nous apprend qu'il avait conçu la pensée de ce poëme pendant son séjour à Rome2.
Cùm enim in illos saluberrimos et amœnissimos hortos Farnesianos unâ secessissemus, et in iis aliquam veris partem sali ageremus, dum tu illic totus crus in ecclesiastica Historia pervolutanda meum ipse inter illos efflorescentes Hyacinthos meditabar Hyacinthum. Quid enim verno tempori tam con nions, quam flos vernus et carminum méditation Quid hortis tam proprium, quam flos hortensis,
1. Ces poëme* ont été plusieurs foia imprimés à Rome et à la plus complote des éditions est celle qui parut bous le titre de Mtuœ Poxtificla, Paris. 1618, in-l". Dana nne éditi >n de 1688, on roit le portrait de l'auteur gravé par Thomas de \.<-w.
2. Le poème de Beato Hyaointho est dédié au cardinal Agioioea! Il a été coni[ osé eu 1694,
idemque versibus, qui prœcipue in hortis nascuntur celebrandus? Il termine en demandant au cardinal Agioiosa de lui continuer sa bienveillante protection auprès du Pontifice Suprême, comme il Fa fait du reste auprès de ses prédécesseurs.
Le poëme de Beato Hyacintho contient deux livres : Le poète y célèbre les vertus de son héros dans une versification souple, colorée, peut-être même un peu trop imitée des anciens :
« Sacra virumque cano qui maxirna gessit in oris Sarmaticis, multâque viam sibi ad œthera fecit Virtute, et superûm in terris dignatur honore. Tu rnihi res, Hyacinthe, tuas et fortia facta Commémora, quae te pietas ad sidéra cœli Extulerit ; tantœne viris mortalibus insint Yirtutes ; prresensque meo succurre labori, Nam jubet et Clemens tibi verba precantia dici. »
N'oublions pas de mentionner un traité sur l'anagramme, De ratione Ana g r amincit ismi, dédié à Sixte- Quint, et qui est une vraie perle d'érudition. Leblanc remonte à l'origine de cette espèce de jeu et produit certaines combinaisons de lettres très-curieuses. Un illustre savant allemand reprit quelques années plus tard ce petit traité et le compléta1.
On voit que notre compatriote abordait avec une ('■gale facilité les genres les plus divers. Quant à la façon dont il y réussissait, nous en avons pour garants les sentiments de vive sympathie que lui témoignait la société romaine et l'intérêt que le monde savant prenait à tous ses essais. Depuis longtemps déjà Sixte- Quint cherchait à le récompenser selon ses mérites, lorsque Té vêché de Vence devint vacant en 1588. Guillaume Leblanc était fort fort jeune alors, puisqu'il
1. Rcusner. Anarjrammatoçjraplùa acccs-ùt Gil. Blond libdlusdc ratione anagravimatismi. (Jéna, 1G02.)
avait à peine vingt-sept ans, mais la maturité de son jugement et les brillantes qualités de son esprit justifiaient d'avance le choix du Souverain-Pontife. Lé siège de Vence était d'ailleurs peu important, et n'était à proprement parler qu'un acheminement vers de plus hautes destinées. Qui l'eut dit? Ce furent précisément ces sympathies qui firent le malheur de notre compatriote. En effet, le pape Clément VIII qui n'avait pas oublié le jeune poëte d'autrefois, ayant voulu réunir par une bulle le siège de Vence a celui de Grasse (exclusis succcssoribus), cette faveur souleva des oppositions acharnées. Le chapitre de Grasse attaqua la bulle du Pape devant le parlement de Provence, et après une procédure fort longue obtint gain de cause. Ce procès, qui dura plusieurs années, et pendant lequel on essaya d'assassiner l'évêque bénéficiaire, eut encore une issue plus funeste. Guillaume Leblanc fut pris d'une tristesse profonde et mourut de chagrin quelques jours après la notification de l'arrêt. Il n'avait que quarante ans.
On comprend mieux les regrets que provoqua une mort si prématurée ', lorsqu'on parcourt les œuvres laissées par l'évêque de Vence. Indépendamment (1rs poésies dont nous venons de parler, voici un livre du plus haut intérêt qui mériterait une nouvelle impression tant le sujet en est curieux et peu commun : Discours à mes diocésains, touchant V affliction qu'il* endurent des loups en leurs personnes et des vermisseaux en leurs figuiers*. Guillaume Leblanc avail à peine pris possession du siège de Vence, qu'il trouva son diocèse ravagé par un double fléau : les loups otles vers. Les premiers avaient fait de nombreuses vi<-