‹ Histoire littéraire de la ville d'AlbiChapitre 41 sur 122 · Archives communales, série AA · texte numérisé non relu

Archives communales, série AA

L'évêque, retenu à Rome par des affaires de famille, répondit qu'il ne pouvait encore venir et se borna à recommander aux consuls de faire bonne garde. La recommandation était superflue. Le peuple, à bout de ressources, était dans un état d'excitation extrême qui se reflète dans toutes les délibérations de la communauté. On répare les murailles, on double la garnison, on ne confie la garde des postes qu'à des catholiques éprouvés. Le soir on allume un grand flambeau sur la tour de la cathédrale; la crainte est parfois si grande, que les habitants veillent toute la nuit, et que sans la moindre entente, mais comme par l'effet du hasard, toutes les fenêtres restent éclairées jusqu'à l'aube. Les archives de la ville et du Castelviel constatent ce fait extraordinaire qui dépeint suffisamment les angoisses de nos pères pendant cette période lamentable de notre histoire.

Ainsi, les consuls faisaient tout pour enlever aux protestants la moindre illusion sur leurs intentions. Ce flambeau , qui pendant les nuits du seizième siècle brillait au front de la cité albigeoise, n'êtait-il pas, en effet, comme le gage le plus assuré et l'emblème le plus touchant de cette fidélité à la foi romaine que rien ne lassait et qui se tenait toujours en éveil ' ?

1. Relevons au hasard dans. nos archives quelques témoignages de cette foi inébranlable : En 1561, les registres font mention de prêts faits à la maiôon commune « pour la défende de la honeur de Dieu, son esglise « cathodique romaine, et du Roy notre sire, et de la ville. » (Archives communales, série GG, 403.)

En 1568, travaux aux fortifications « pour résister aux forces et iuva- « sions des ennemys de notre foy crestienne catholique romaine. » (Ibid., 467.)

En 1574, états mensuels dressés pour la solde des soldats entretenus par la ville « pour soustenir la querelle de Dieu et du Roy contre ses ennemis « et pour la garde de ladite ville, etc. » (Ibid., série EE, 45.)

A cette époque, les consuls se réunissaient deux fois par jour dans un appartement retiré de l'hôtel de ville ; de là. le nom de réunions de la Chambrette. — Un détail assez piquant : on condamne à l'amende un consul qui avait mieux aimé jouer aux cartes que de venir au conseil.

A lutter ainsi, on recueille plus d'honneur que de bien-être , plus de gloire que de repos. Les consuls ne pouvaient se le dissimuler; ils le savaient même si bien, que les complications qui survenaient d'heure en heure n'avaient d'autre résultat que de raviver leur courage. D'ailleurs, n'étaient-ils point soutenus par l'immense majorité de la population? Or, c'était une règle de droit communal, un principe auquel on n'avait jamais dérogé, que le corps consulaire était avant tout le mandataire fidèle et scrupuleux des volontés de la cité. On ne s'expliquerait pas autrement une résistance aussi longue, si derrière les consuls qui administraient, le peuple n'avait formellement exprimé ses sentiments. El de ces sentiments, la population n'en faisait pas un mystère ; elle les manifestait au contraire en toute occasion. C'est ainsi qu'un jour, des protestants de la suite du maréchal de Montmorency ayant voulu établir un temple dans une maison de la ville, le peuple se rua sur cette maison et la démolit de fond en comble '. Nous ne discutons pas, nous constatons.

Telle était la situation politique de la ville d'Albi à la fin du seizième siècle , et si nous l'avons si longuement exposée, c'est parce qu'il était nécessaire de montrer que les écoles, au milieu d'une lutte pareille, devaient fatalement péricliter. D'un côté , la tension excessive des esprits, de l'autre, le mauvais état des finances, le procès avec le chapitre, la garde continuelle aux remparts, les réquisitions militaires, les dangers que l'on court, l'effroi que l'on ressent, tout contribue à attirer sur d'autres points la vigilance et les efforts de la communauté. Si l'on ajoute à toutes ces causes de perturbation les visites fréquentes de la peste, (le cette terrible bossa, comme on L'appelait à Albi*, on

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